Tennis

ENTRETIEN

Il fut le meilleur joueur belge entre la fin des années 80 et le début des années 90. Finaliste du tournoi ATP d'Hilversum en 1990 contre Francisco Clavet, cet Argentin naturalisé belge en 1988 a atteint son meilleur classement, une 56e place mondiale, en 1991 dans la foulée de ses accessions en demi-finale à Gênes et à Florence. Aujourd'hui âgé de 38 ans, Eduardo Masso travaille comme entraîneur au Sport Village à Lasne et au Central Park à Péruwelz, après avoir été à l'origine de la création du Centre AFT de Mons.

Eduardo Masso, comment avez-vous atterri en Belgique?

A l'occasion d'un tournoi satellite dont Bernard Mignot était directeur. Je pense que c'était en 1984. J'y ai fait la connaissance d'Italiens qui sont devenus mes parents adoptifs. Ils tiennent aujourd'hui un restaurant appelé `La Table d'Italie´ à Molenbeek, et je les vois encore régulièrement.

C'était la période des Boileau, Van Langendonck, Demuynck... Comment, en tant qu'Argentin, perceviez-vous le tennis belge?

La Belgique était vraiment un pays très dynamique en matière de tennis. On n'avait peut-être pas de grands joueurs, mais bien énormément de tournois. Je pense au Belgian Indoor, à l'ECC, au Primerose pour les filles, et à diverses épreuves satellites. Maintenant, nous avons les joueurs, mais plus les tournois! En ce qui me concerne, je m'entraînais régulièrement avec Bernard Boileau. C'est dommage ce qu'il lui est arrivé, car il aurait pu réaliser une somptueuse carrière. C'était un grand professionnel et un très bon tacticien, qui réussit tout de même à approcher la 40e place mondiale. Peu de joueurs belges peuvent en dire autant.

Vous avez également été, ensuite, capitaine de l'équipe belge de Coupe Davis. Quels souvenirs en gardez-vous?

De très bons. J'ai quitté mon poste avec la victoire contre la France, en septembre 1997 à Gand, qui a permis à la Belgique de réintégrer le Groupe Mondial. Ce fut un grand moment. Les Français étaient les tenants du Saladier d'Argent et nous les avons battus au cinquième match. J'avais osé aligner Christophe Van Garsse alors que tout le monde me prenait pour fou. Mon meilleur souvenir, cela dit, remonte à notre victoire contre le Danemark, en avril de la même année, dans un match de Zone Euro-Africaine au Léopold. Dans un temps dégoûtant, nous avons, là aussi, gagné 3-2, avec un Filip Dewulf au bord de l'abandon à la suite d'une vilaine entorse contractée dans le dernier simple qu'il finit par remporter en cinq sets. Deux mois plus tard, il atteignait les demi-finales à Roland-Garros. Ensuite, les joueurs ont préféré que le capitaine soit choisi parmi l'un de leurs entraîneurs, nettement plus présent sur le circuit que moi, retenu par mes obligations au Centre AFT de Mons et j'ai été remercié début 1998. Je ne nourris aucune rancoeur, car j'ai passé des moments superbes en leur compagnie...

Comment expliquez-vous la réussite du tennis belge à l'heure actuelle?

Je crois que le tennis a, par tradition, toujours connu beaucoup de succès en Belgique. Partant de là, il y a eu un remarquable travail de fond qui a été effectué pour mettre en place des structures performantes afin de donner la chance aux jeunes de percer. Et ensuite, il y a les qualités intrinsèques des joueurs. Il ne faut pas oublier que le tennis n'est pas une science exacte et qu'un pays peut très bien faire de l'excellent travail et ne pas sortir un joueur pour autant. Il ne manque peut-être qu'un centre national qui pourrait prendre en charge les joueurs entre 18 et 23 ans qui se révèlent sur le tard.

Vous avez été numéro un belge pendant quelques années. Le seriez-vous encore aujourd'hui si vous étiez né quinze ans plus tard?

C'est très difficile à dire. Si j'avais la même puissance que Xavier Malisse, il y aurait probablement match. Je me souviens que lorsque j'entraînais Olivier Rochus à l'époque où il avait quinze ans, nous étions encore à armes égales sur certains coups, mais dès qu'il s'est affirmé physiquement, il n'y a plus eu match. Le tennis a tellement changé. Le sens tactique reste primordial, mais la puissance a pris le pas sur la technique. Andre Agassi, par exemple, joue encore superbement, mais ne parvient plus à enchaîner les tournois comme avant.

© Les Sports 2002