Tennis

Au soir de l’US Open 2016, la planète tennis s’embrasait sur les chances de voir Andy Murray dépasser l’homme en forme des dernières années, Novak Djokovic. Avec des titres à Pékin, Shanghai, Vienne, Paris-Bercy et au Masters, l’Ecossais avait réalisé son rêve.

Loin de cette agitation, Roger Federer passait du bon temps en famille pour soigner son dos. Rafael Nadal, quant à lui, galérait de New York à Shanghai en passant par Pékin. Il achevait finalement sa saison par une défaite au Masters 1000 de Shanghai dès son entrée en lice contre Victor Troicki.

Le Suisse et l’Espagnol sont alors deux artistes en péril. Deux légendes admirées. Leurs maux dérangent les puristes qui n’aiment pas écorner l’image de ces deux monstres sacrés. Djokovic et Murray avaient déjà ouvert la voie de l’après-Rafa et Rodgeur, mais…

Le Big Four fait toujours la Une de l’actualité un an plus tard, mais les rôles ont été inversés. Djokovic a mis un terme à sa saison noire. Andy Murray aussi. Pendant ce temps, Roger Federer et Rafael Nadal se sont partagé les quatre levées du Grand Chelem.

Ce changement de scène surréaliste n’était pas prévu. Après avoir frôlé un départ à la retraite, Federer et Nadal savourent chaque instant de 2017 comme si c’était le dernier. Chaque trophée devient une source d’émotions sincères. "Gagner ici, ça veut dire beaucoup pour moi", confiait l’Espagnol.

Avec 5 titres, 3 finales et 59 victoires (saison en cours), il réalise l’une de ses plus belles saisons, mais pas la plus belle.

En 2005, il avait remporté 11 titres pour un total de 77 victoires. Mais, il y a douze ans, il n’avait remporté qu’un Major. En 2008, il avait conquis 8 titres et 2 finales pour 82 victoires. En matière de matchs gagnés, il venait de signer son record absolu sur douze mois. En plus, il avait marché sur quelques monuments (Roland-Garros, le gazon du Queen’s, Wimbledon et les Jeux olympiques).

Il vit l’une de ses meilleures saisons

Sa saison 2010 restera aussi dans les annales car, avant l’apogée de Novak Djokovic, il avait choisi la qualité en marchant sur Monte-Carlo, Rome, Madrid, Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open. Outre les saisons 2005, 2008 et 2010, il avait encore refait surface en 2013 en remportant 10 titres dont 2 Majors et 5 Masters 1000.

La carrière de Nadal est ainsi faite. Entre des années fastes, il a connu des années plus creuses à cause d’une série de pépins physiques. A chaque retour au premier plan, la presse s’enflamme de plus en plus, car elle était, souvent, la première à l’enterrer.

A 31 ans, il a réussi un énième tour de force en retrouvant la première place mondiale, dix mois après avoir failli quitter le Top 10. Il garde les pieds sur terre, même s’il présente 2017 comme l’une des meilleures saisons de sa carrière.

"Je suis quelqu’un qui ne s’emballe pas et ne se croit pas invincible quand il gagne et qui ne descend pas plus bas que terre quand il perd. Que je gagne ou que je perde, je veux continuer à m’améliorer", prévenait-il calmement, ce dimanche.

Il jubilait surtout d’avoir tourné définitivement la page de deux saisons et demie difficiles, à cause de blessures en 2014 (poignet, appendicite) et 2016 (poignet), et d’une mauvaise passe d’un point de vue mental en 2015. "Pour moi, le plus important, plus encore que les titres en Grand Chelem, c’est d’être heureux et je suis heureux quand je suis en bonne santé, quand je sens que je suis compétitif et c’est ce qui est arrivé toute cette année", insiste encore l’ami de Roger Federer.

Une double bataille à distance

Symbolisant la toute-puissance du passé, Federer et Nadal se sont offert en 2017 un plongeon dans le passé. Avec eux, le présent et le passé s’entremêlent avec malice, ce qui a le don d’exaspérer les générations suivantes qui ne savent plus à quel saint se vouer pour les mettre dehors.

Contrairement à leurs plus jeunes rivaux, Fedex et Rafa s’amusent, car ils n’ont plus rien à prouver. Toutefois, ils se sont lancés dans une double bataille à distance. La première concerne le titre le plus convoité de plus grand nombre de titres remportés en Grand Chelem. Le joueur suisse garde son avance, mais il a cinq ans de plus que l’Espagnol. "J’étais surpris en janvier mais, maintenant, je le suis un peu moins ! Pour tous les joueurs, c’est dur de gagner deux fois en Grand Chelem dans la même année. Je fais les choses à ma façon et on verra où on termine. Il en a 19, je crois, et moi 16, ça fait une grosse différence. Je n’y pense pas beaucoup. Je suis juste très heureux de tout ce qui m’arrive, de ce nouveau titre. N’oubliez pas Novak Djokovic qui en est déjà à 12. Nous sommes dans une ère où des joueurs réussissent des choses incroyables."

L’autre duel a trait au ranking mondial. Là, le Majorquin est quasi assuré de finir l’année à la première place mondiale. Le joueur de 31 ans compte 9 465 points contre 7 505 au Suisse. Avec eux, l’histoire est un éternel recommencement.