Tennis Envoyé spécial à Paris

Qui aurait imaginé, alors qu’il était à la dérive au premier tour face à l’Américain John Isner, que Rafael Nadal remporterait ce Roland-Garros 2011 ? L’intéressé, lui-même, de coutume si confiant, en doutait. "Si je continue à jouer comme ça, je n’ai aucune chance" , avait-il lancé à la fin de la première semaine.

Hier, pourtant, l’Espagnol a remporté son sixième titre sur la terre battue parisienne. Peut-être le plus beau parce que le plus improbable. "Oui j’ai douté car, en début de tournoi, j’étais anxieux. Je ne jouais pas à mon niveau. J’avais des doutes "

Remis en confiance par ses succès face à Robin Söderling et Andy Murray, le n°1 mondial a porté, hier, l’estocade face à son grand rival - et en même temps grand ami - Roger Federer. En quatre sets (7-5, 7-6, 5-7, 6-2) et 3 heures 39 minutes. "Sorry for today", a-t-il lancé au Suisse lors de la cérémonie protocolaire. Un "sorry" qui ne consolera pas vraiment le champion bâlois, désormais quatre fois battu en finale par sa bête noire sur le Central de la Porte d’Auteuil !

En vérité "Rafa" doit curieusement être une fière chandelle à Roger. L’histoire de cette finale aurait peut-être été très différente si, en face de lui, il avait en effet retrouvé Novak Djokovic. Le Serbe, éliminé en demi-finale par Federer lors d’un match légendaire d’une infinie beauté, avait pris un net ascendant sur l’Espagnol suite à ses quatre derniers succès (finales à Indian Wells, Miami, Madrid et Rome). Quatre succès qui avaient, précisément, semé le trouble dans la tête de Nadal.

Mais il sert à rien de refaire l’histoire. C’est bel et bien Federer qui donnait, hier, la réplique à l’Espagnol. Et, sur terre battue, Rafa a clairement pris le dessus sur son grand rival. Il l’a encore prouvé ce dimanche.

n 2008, lors de leur dernière finale parisienne, Nadal n’avait laissé que quatre petits jeux au "plus grand joueur de tous les temps", comme il aime l’appeler. Hier, le duel fut beaucoup plus serré. On se demande encore comment Federer, qui menait confortablement 5-2 dans le premier set, a pu finalement la perdre 7-5 ! "J’étais nerveux au début. Je commettais beaucoup de fautes directes" expliquera l’Espagnol qui, de fait, éleva subitement - après avoir changé son bandage au pied - très haut son niveau de jeu, remportant la bagatelle de sept jeux d’affilée pour mener 7-5, 2-0 ! Federer s’accrocha et sauva, entre deux averses, deux balles de set. Il en hérita même d’une autre qu’il gaspilla avec une amortie à 5-4. Un vrai tournant du match. In fine, il céda la deuxième manche dans un tie-break. joué à la perfection par l’Espagnol.

n pensait la cause entendue. Mais Federer ne voulait pas mourir sans combattre. Avec la force du désespoir et du talent plein la raquette, le Suisse remonta un handicap de 4-2 dans la troisième manche pour revenir à deux sets à un. Et refaire naître, un instant, l’espoir dans la tête de ses nombreux supporters.

’en était trop ! Pressé d’en finir, Nadal frappa alors du poing sur la table. En vrai numéro un mondial. Il accéléra encore le rythme face à un adversaire visiblement émoussé physiquement par ses combats passés. Et, implacable, il scella son couronnement ! "Ce fut un match compliqué à tous les niveaux. J’ai dû me battre sur tous les points. Roger m’a vraiment poussé dans mes derniers retranchements. Mais je suis tellement heureux ! Pour moi, Roland-Garros est le tournoi le plus important de l’année. Je l’ai désormais gagné à six reprises. Jamais je n’aurais pu imaginer ça lorsque j’ai commencé ma carrière "

u moment de servir pour le gain du match, on a décelé une grande émotion sur le visage de Rafa, au bord des larmes. Pour lui, ce titre est une vraie délivrance alors qu’on le disait sur le déclin et à l’heure où la planète tennis ne jurait plus que par la nouvelle suprématie de Novak Djokovic.