Tennis

Quand Kei Nishikori lève les bras, c’est toute une vague jaune qui fait trembler la terre. L’Asie ne pèse pas lourd dans le Top 100 de l’ATP. Si 60 % de la population mondiale provient de ce continent, seulement un joueur s’est hissé dans le Top 50 de l’ATP.

Dès son plus jeune âge, un athlète asiatique est soumis à la pression de la démesure. Kei Nishikori en connaît un rayon. Son image est usée jusqu’à la corde. Son effigie orne le fond des boîtes de nouilles aux fruits de mer. Il a inspiré le géant Uniqlo (Djokovic) à se lancer dans les vêtements de tennis. Les Suisses de Tag Heuer sont entrés au Japon par la faille Kei. Les contrats de sponsoring ne sont pas plus nombreux que ceux des Européens, mais les montants investis sont disproportionnés vu l’impact sur ce marché colossal.

Un empire financier

Selon le magazine économique américain "People With Money", Nishikori aurait amassé entre les mois de janvier 2014 et janvier 2015 la somme de 46 millions d’euros contre "seulement" 26 millions sur les 12 mois précédents. Sa fortune est estimée à 145 millions.

Ses retours au pays sont tenus le plus secrets possible afin d’éviter une marée humaine dans les travées de l’aéroport. Ses réservations sont doublonnées pour semer les curieux. Les médias le suivent comme son ombre. Qu’il joue ou qu’il ne joue pas, il est l’une des cibles privilégiées.

"Là-bas, il est comme Michael Jackson", confie son agent IMG. D’un naturel humble et réservé, lorsqu’on lui demande s’il est une star au Japon, il répond en rigolant : "C’est vrai que je suis connu, mais Roger Federer reste plus célèbre que moi !"

Son image est utilisée par des dizaines de marques chaque année.

Son empire financier est bâti alors qu’il vient de fêter ses 25 ans. Vainqueur de son 8e titre ATP dimanche dernier à Memphis, le finaliste de l’US Open 2014 a consenti à de lourds sacrifices.

Fils d’un papa ingénieur et d’une maman professeur de piano, il suit un parcours scolaire à Tokyo.

Chez Bollettieri

A 13 ans, il quitte sa ville natale de Matsue avec pour bagage une raquette, mais il lui manquait les rudiments de l’anglais. Sa famille reste en Asie. Les contacts sont limités.

Sa nouvelle famille partage sa vie dans la redoutable Nick Bollettieri Tennis Academy. Le Japonais pratique avec justesse son art. Il brille lors des catégories d’âge au point de se retrouver sur le même terrain d’entraînement que Federer en 2006 alors qu’il n’était pas encore majeur.

Les Japonais écarquillent les yeux face à la précocité de ce jeune athlète. Il remporte dès sa première saison sur le circuit son premier titre ATP, un exploit accompli par un seul de ses compatriotes avant lui (Matsuoka en 1992). En 2009, son coude le stoppe. En 2011, il devient une superstar.

Affichant une mentalité exemplaire, il a bénéficié d’un solide coup de chance.

Son voisin de chambre, un certain Zach Gilbert, l’a mis en relation avec son papa, Brad qui avait posé au sommet Agassi, Murray et Roddick.

Faisant preuve d’une régularité exceptionnelle, il a grimpé à la première place mondiale… derrière le Big Four. Son bonheur aurait pu être total s’il avait connu une meilleure fortune lors de la finale de l’US Open en 2014, perdue face à l’étonnant Marin Cilic. Ce 7 septembre 2014 a marqué l’histoire de sa ville natale Matsue. Les médias étaient venus de partout pour découvrir les origines de cette nouvelle icône. Les dirigeants sportifs japonais se frottaient les mains à moins de 6 ans de leurs Jeux olympiques.