Tennis

A la pratique du tennis, il préfère désormais celle du golf. `J'affiche 12 de handicap. Mais, dans mon jeune temps, j'ai été quasiment scratch. J'ai même fait partie de l'équipe nationale...´

Installé l'été dans sa villa du Zoute, à un drive du Royal Golf Club de son ami Léopold Lippens, Philippe Washer, 78 ans, réside l'hiver à Genève d'où il gère ses affaires mobilières et immobilières. Voilà des années que le tennis ne fait plus partie de ses priorités. `Je regarde encore les matches à la télévision. Mais, sincèrement, je préfère voir jouer Tiger Woods que la plupart des champions de tennis actuel...´

Dans le hall de sa demeure, une vitrine pleine de jolies coupes lui rappelle, toutefois, qu'il signa une fantastique carrière côté court. `J'ai usé mes premières cordes de raquette à Westende en frappant sur les palissades publicitaires qui cachaient les maisons détruites durant la guerre 14-18. Je devais avoir six ou sept ans...´

Doué, il montait à la fois au filet et dans la hiérarchie. `Mon père fut mon unique professeur. J'ai remporté mon premier beau tournoi national le 9 mai 1940 à La Rasante. Mais mon succès est passé complètement inaperçu: le lendemain, les Allemands entraient en Belgique...´

Engagé volontaire, il échangea, durant la guerre, son blanc costume pour l'uniforme des commandos. Et à la Libération il refit de sa raquette son arme de combat. `J'ai remporté tous les championnats de Belgique de Série A de 1945 à 1954 à l'exception de ceux de 1950 où, malade, j'ai été contraint de déclarer forfait...´

A l'époque, le tennis était évidemment purement amateur. Les joueurs n'avaient aucun contrat et ne gagnaient pas un franc lors des tournois. `Entre les entraînements et les compétitions, le tennis occupait pourtant toutes mes journées...´

La Coupe Davis of course

Son plus beau souvenir remonte, bien sûr, à cette finale de Zone de la Coupe Davis de 1957 entre la Belgique et l'Italie. `Le Royal Léopold Club était noir de monde. Des tribunes supplémentaires avaient dû être installées. Alors que les deux équipes étaient à égalité 2-2, mon dernier simple face à Pietrangeli fut interrompu par la pluie le dimanche soir. Le lendemain, dans une ambiance toujours aussi passionnée, j'ai réussi à remporter la partie...´

Souvenirs, souvenirs! `En ce temps-là, le tie-break n'existait pas et les joueurs n'avaient pas le droit de s'asseoir lors des changements de côté. J'ai l'impression que nous étions plus résistants que les champions actuels...´

Souvent à ses frais, Philippe Washer participa à de nombreux tournois internationaux et défia les stars du circuit. `Il n'existait pas à l'époque de classement mondial. Mais, sur terre battue, je faisais sûrement partie des dix ou quinze meilleurs joueurs du monde. J'avais un jeu naturellement porté vers l'attaque. Je montais régulièrement à la volée. J'aurais fait un excellent joueur de gazon si j'avais eu l'occasion de m'entraîner davantage sur cette surface. A Wimbledon, j'ai échoué trois fois face au futur vainqueur...´

Avec son fidèle partenaire et ami Jacky Brichant, il collectionna les succès en double. `En 1967, alors que nous avions pris notre retraite depuis longtemps, nous nous sommes inscrits pour le plaisir aux championnats de Belgique indoor. Et, en finale, nous avons battu la paire Hombergen-Drossart alors en pleine gloire. Ils étaient verts de rage...´ sourit-il, amusé par ce bon coup.

Il suit encore, d'un oeil distrait, le tennis actuel. `L'évolution du matériel a tout bouleversé. Aujourd'hui, tout va trop vite. Les retours de service sont encore plus rapides que les premières balles. Il n'y a plus place pour les artistes et le spectacle...´

Même s'il ne cache pas son admiration pour Xavier Malisse, il préfère le tennis féminin. `J'ai le sentiment qu'on y vit davantage les émotions des joueuses. Chez les hommes, tout est chloroformé. C'est presqu'ennuyeux. Chez les femmes, c'est plus humain, plus imprévisible...´

Il suit, bien sûr, avec enthousiasme les exploits de Kim Clijsters et de Justine Henin. `Dans des styles différents, elles sont vraiment très fortes. Mais les Williams semblent encore plus fortes. Je me demande où elles vont chercher pareille musculature...´ ironise-t-il.

© Les Sports 2002