Tennis

Dominique Monami a donné une autre dimension au tennis belge en étant la première joueuse à avoir intégré le Top 10 mondial. Ayant connu une vie privée tumultueuse, elle est bien placée pour comprendre le calvaire que traverse la Famennoise dans ces instants délicats.

Les soucis de Justine Henin vous ont-ils surpris ?

Je n'étais pas étonnée par la nouvelle mais par la rapidité avec laquelle la situation s'est détériorée. Personne ne s'y attendait. Je comprends, si la nouvelle de son divorce se confirme, qu'elle ne joue pas. Justine est la joueuse-type qui a besoin d'être à 100 pc pour monter sur un terrain.

Leur couple était-il plus menacé qu'un autre ?

Absolument. Tout couple doit trouver un équilibre. Ici, le déséquilibre était trop grand. Pierre-Yves n'avait pas de fonction. Au début, son entourage a voulu lui offrir un rôle mais cela n'a pas fonctionné. Il n'était que son mari. Tout au plus, il tendait les bouteilles d'eau à son épouse. Ces deux jeunes ont été catapultés d'une vie banale à un univers hors norme où tout est excessif. Certes, Pierre-Yves a cherché son identité en donnant des cours de tennis ou en suivant une formation de pilote. Jamais, il n'en a fait son métier. Je ne jette la pierre à aucun des deux.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui éclosent sur le circuit tennistique tout en construisant une vie de couple ?

Chacun doit avoir une occupation pour s'épanouir pleinement sans être dépendant de son conjoint. De cet équilibre dépendra la longévité d'un couple.

Votre histoire privée a aussi été jonchée de soucis personnels qui ont ébranlé votre carrière. Où avez-vous puisé votre motivation pour revenir plus forte ?

Je suis bien placée pour comprendre ce que ressent Justine. J'ai perdu ma maman en 2000 alors que j'étais au sommet de mon art. Je n'ai pas joué durant plusieurs semaines car j'étais incapable de monter sur le terrain avec une mentalité de conquérante. J'espère que Justine reviendra au plus vite. Dès qu'elle aura accusé le coup, elle devra se changer les idées en rejouant. Elle pourrait reprendre en février.

Votre carrière a été marquée par votre ex-mari, Bart Van Roost...

La relation entre un coach et une joueuse de tennis est un duel, un face-à-face. Carlos Rodriguez et Juju sont très complices. En 10 ans, ils ont bravé de sérieux obstacles. Carlos connaît tout de Justine. Cette relation est saine. Ils vivent intensément leur métier. D'autres sont plus volatils comme Xavier Malisse.

Pour revenir à votre situation personnelle, elle est unique...

Oui, j'ai eu la chance d'être coachée par mon ex-mari, Bart Van Roost. Nous scindions notre vie privée à la maison et notre relation professionnelle. J'ai rencontré Bart à 22 ans alors que j'étais dans le top 100 en 1995. Nous nous sommes mariés deux ans plus tard lorsque je figurais dans le top 50. Dans un premier temps, il assistait "en touriste" à certains matches tout en tenant un magasin. Ensuite, il est devenu mon coach durant quatre ans. Nous avions chacun un rôle défini. La cohabitation a toujours été harmonieuse. Pourtant, nous avons divorcé en 2003 après ma retraite sportive. Pour faire simple, nous n'étions plus sur la même longueur d'onde. Nos chemins se séparaient. Cela n'avait rien à voir avec ma carrière sportive.

Quel sera l'impact sportif de ce cataclysme dans la vie de Justine ?

Je connais personnellement Justine. Elle est le genre de fille qui se pose beaucoup de questions et qui a besoin d'un mental en béton pour remporter un match. Le départ de Pierre-Yves créera un vide énorme dans la vie de Juju. La fracture sera grande. A la maison, elle sera seule. Elle doit faire un travail sur elle-même et revenir au plus vite pour se changer les idées. La moralité de l'affaire est qu'aucun couple n'est à l'abri. Même une sportive de haut niveau doit faire passer sa vie privée avant son boulot. Cette nécessité est d'autant plus criante que le tennis est un sport individuel très exigeant. Les gens se moquent de nos vies privées, seuls les résultats leur importent.

© La Libre Belgique 2007