Tennis

Géant du tennis avec ses vingt titres majeurs, le dernier remporté dimanche à l'Open d'Australie, Roger Federer est aussi un phénomène de longévité, toujours au sommet à 36 ans et demi et en passe de battre encore une fois tous les records.

Il n'y a qu'un champion du passé qui lui résiste dans le domaine de la durée, l'Australien Ken Rosewall, joueur des années 1950 à 1970.

A 36 ans et 173 jours, Federer est le deuxième vainqueur le plus âgé (Rosewall 37 ans) et le deuxième finaliste le plus vieux (Rosewall près de 40 ans) en Grand Chelem. L'écart qui sépare son premier titre de son dernier, 14 ans et demi depuis Wimbledon 2003, est également le deuxième le plus grand de l'histoire (Rosewall 19 ans).

Rien ne dit, bien sûr, que le Suisse ne dépassera pas ces chiffres aussi, lui qui détient déjà plusieurs records liés à la durée, comme celui des 72 tournois du Grand Chelem disputés ou celui des quatre gagnés après l'âge de trente ans (à égalité avec Rosewall et Rod Laver).

Quelles sont les recettes de cette extraordinaire durée de vie sportive? La première est la passion du jeu qui continue à le faire avancer. Alors que d'autres, comme Björn Borg au début des années 1980, avaient arrêté précocement, épuisés mentalement par les exigences du circuit, lui continue à s'amuser comme un junior.

Rarement blessé

Une autre est sa soif inextinguible de victoires qui le pousse à aller chercher toujours plus de records pour alimenter son ego de champion.

Il y a aussi l'équilibre familial qu'il a trouvé depuis longtemps avec son épouse Mirka, rencontrée aux jeux Olympiques de Sydney en 2000, avec laquelle il a eu quatre enfants (des jumelles puis des jumeaux). Un cadre de vie stable propice à la poursuite de ses exploits.

Tout cela ne vaudrait rien sur un court de tennis sans un corps exceptionnellement résistant. Federer a rarement été blessé. Il n'a subi sa première opération, au genou en 2016, qu'à l'âge de 34 ans. Pour le reste, il a eu quelques problèmes de dos, mais rien à voir avec la cascade de blessures qui ont perturbé la carrière de son grand rival Rafael Nadal. Jusqu'à l'édition 2016 de Roland-Garros, il avait disputé 65 tournois du Grand Chelem d'affilée sans en manquer un seul (un record là aussi).

On dit que son jeu offensif est économe, mais ses démarrages ultra rapides et les gifles d'une violence inouïe qu'il inflige à la balle demandent beaucoup aussi à ses muscles et articulations. Il est vrai qu'il n'a jamais compté sur un tennis à l'usure pour s'imposer.

Économies d'énergie

Cette robustesse s'explique par un mélange de qualités naturelles, de chance, de professionnalisme sans faille et, dernièrement, de sagesse dans la gestion de son temps et de son énergie.

Pour guérir durablement de son problème de genou, Federer a pris six mois de pause entre juillet 2016 et janvier 2017. Le résultat a dépassé toutes ses attentes. Alors qu'il n'avait plus remporté de titre majeur depuis 2012, il en a enlevé trois en douze mois (Australie et Wimbledon 2017 et Australie 2018). De quoi le convaincre qu'il devait se ménager pour durer et gagner.

L'an passé, il n'a joué que douze tournois et fait totalement l'impasse sur la terre battue, surface sur laquelle il a le moins de chance de gagner à cause de son jeu tourné vers l'attaque, et de la présence de Rafael Nadal. Au bout d'un an, la réussite est totale: 8 titres, dont 3 du Grand Chelem, 59 matchs gagnés pour 5 perdus.

Dès lors, pourquoi parler de retraite et ne pas viser les jeux Olympiques de Tokyo, en 2020? Il s'y donnerait une ultime chance de gagner le seul titre vraiment important qui lui manque, la médaille d'or en simple.