Tennis

Il fut secrétaire général de l’Union belge. Il fut capitaine belge, à la fois de Fed Cup et de Coupe Davis. Mais lors de la grande finale, Steven Martens, qui a accepté une mission de consultant à la VRT, ne jouera aucun rôle officiel dans le staff de Johan Van Herck. Les deux hommes d’expérience, unis par un profond respect, se sont appelés à plusieurs reprises ces dernières semaines car Steven Martens connaît tous les recoins des bureaux de la Lawn Tennis Association.

Surfer sur la dynamique belge

De 2007 à 2011, ce Lierrois de 50 ans a dirigé l’une des Fédérations de tennis les plus puissantes. Après avoir fait le tour du tennis belge durant plusieurs décennies, il a surfé sur la vague Kim Clijsters et Justine Henin pour franchir la Manche.

"La Belgique jouissait d’une belle réputation", se souvient-il avec emphase. "Je m’étais aussi occupé de Kirsten Flipkens en 2004-2005 lorsqu’elle est devenue n°1 en juniore."

Quand il a posé son attaché-case à la LTA, il a pris le temps de prendre le pouls du travail mis en place. L’image de la "Fédé" britannique était écornée par l’absence de résultats au plus haut niveau.

"Contrairement à la France qui dispose d’un pouvoir financier comparable, la Grande-Bretagne éprouvait des difficultés à sortir de bons jeunes."

La Perfide Albion a remis son sort entre les mains du Belge. En 2006, le CEO Roger Draper sortait d’un discours qui le mettait en difficulté en annonçant que la Grande-Bretagne remporterait une médaille d’or aux Jeux olympiques, un titre à Wimbledon et… la Coupe Davis.

Moins de dix ans plus tard, toutes les ambitions ont été atteintes à l’exception d’une victoire finale du Saladier d’Argent.

"J’espère qu’il avait tort sur ce dernier point", sourit Steven Martens.

Le natif de Lier s’est retroussé les manches pour insuffler un nouvel élan au Royaume-Uni qui avait à peine sorti Tim Henman et Greg Rusedski. Peu, très peu, trop peu ! En août 2007, la star Henman annonçait sa retraite alors que le jeune Ecossais Andy Murray, 20 ans, n’avait pas encore montré l’étendue de ses talents.

"Quand j’ai pris mes fonctions, j’étais surpris par la qualité des différentes cellules (entraînement, centre, encadrement médical…), mais ces différentes sphères n’échangeaient pas beaucoup d’informations. Je devais surtout assurer une liaison entre ces personnes."

Quelques grands noms dont Brad Gilbert, Paul Annacone, Carl Maes ont apporté une touche mondiale à la Fédération qui avait plus besoin que jamais d’un grand manitou capable d’enfoncer des portes. Il découvrait un monde aux antipodes de la Belgique.

"En Grande-Bretagne, ils se croient les rois du monde. Sans doute un héritage de la colonisation. En Belgique, on garde trop les pieds sur terre. Si les Diables Rouges sont n°1 à la Fifa, on critique le mode de calcul du classement. Si les Belges sont en finale de la Coupe Davis, on souligne surtout le facteur chance. Non, non, non, soyons fiers de réaliser de si grands exploits."

Des discussions autour du double

Bien avant que Johan Van Herck ne demande à Michael Llodra de gérer la préparation du double, Steven Martens avait déjà eu recours aux services du plus grand expert en la matière, Loris Cayer, lors de sa période britannique.

"Ce gars voit un double autrement. Il m’a appris sa science. Je l’avais engagé pour Jamie Murray qui est moins fort physiquement et mentalement que son frère. J’en ai discuté avec Johan Van Herck, mais il avait déjà pris les devants."

Durant quatre saisons, Steven Martens a inculqué la culture belge en Grande-Bretagne tout en se couchant sur un matelas financier qui aide à voir plus grand.

"En Belgique, nous échangeons nos idées pour avancer plus loin. Un gars comme Jacques Leriche a une vision. Il n’est pas étranger à l’émergence de nombreux joueurs qui ont une main comme Olivier Rochus, Darcis ou Goffin. C’est un peu notre marque de fabrique."

Il a emporté un peu de Belgitude en embauchant, pour le compte de la LTA, Julien Hoferlin, l’actuel entraîneur de Steve Darcis : "J’ai aussi recruté Leon Smith pour superviser les U18. Il occupe aujourd’hui la fonction de capitaine de l’équipe de Grande-Bretagne. J’avais dû licencier John Lloyd, le mari de Chris Evert, à la suite de la défaite 3-2 en Lituanie. Le pays avait vu ce résultat en mars 2010 comme une catastrophe."

Du 27 au 29 novembre, Steven Martens maniera autant l’anglais que le néerlandais ou le français pour parler à tous ses amis même si ce week-end-là, son cœur sera d’abord noir-jaune-rouge. En cette fin 2015, il se remet petit à petit de la fin brutale de son histoire avec l’Union belge. Avec sa capacité de gestion, le parcours de l’homme de 50 ans est loin d’être achevé.


Steven Martens a construit Andy Murray

En 2007, Steven Martens est arrivé alors qu’Andy Murray frappait déjà aux portes du top 15 ATP. L’Ecossais avait remporté deux titres et atteint un huitième de finale à Wimbledon et à l’US Open. "Il avait déjà montré qu’il ne manquait pas d’ambition. A 18 ans, il avait atteint le 3e tour de son premier Wimbledon. J’avais été frappé par sa minceur. Avec Brad Gilbert (ex-coach d’Andre Agassi), il était entre de bonnes mains. Mais, la situation ne tournait plus rond. Le déclic tardait. Ses blessures se multipliaient. J’ai dû casser le contrat de Brad Gilbert." S’ensuivait une table ronde avec Steven Martens, le jeune mais fragile prodige et sa mère, Judy. "Je devais leur faire comprendre que son défi, c’était son corps. Il devait être capable de frapper plus fort et surtout de tenir la distance."

Après avoir bâti une équipe autour de lui, il avait d’abord battu Wawrinka en 5 sets et poussé Roddick dans ses retranchements 4-6, 6-4, 6-7, 6-7. "Il a compris l’importance du travail physique. Il a aussi fallu convaincre sa mère", dit-il en esquissant un large sourire. Le Lierrois n’est pas le formateur d’Andy Murray, mais a joué un rôle clé dans son essor. "J’ai juste pris mes responsabilités au niveau de son programme", conclut-il humblement.