Tennis L’Argentin déchaîne les passions à New York où on lui pardonne même d’avoir sorti Roger Federer en quarts.

Juan Martin Del Potro, titré à l’US Open en 2009, ne se retrouve pas à deux matchs de refaire le coup parce qu’il a retrouvé son niveau de jeu d’antan. Non, son revers est à 80 % au mieux de celui qu’il avait à l’époque. En revanche, il a développé un revers slicé pénible qui a d’ailleurs totalement englué Federer.

Mais c’est tout dire du talent du 28e mondial, déjà en revenu en quarts ici la saison passée, qu’il soit parvenu à évincer Roberto Bautista Agut, Dominic Thiem et Roger Federer coup sur coup malgré ça et une énorme crève ! "Physiquement, je ne suis pas au mieux. Et là je suis bien fatigué, avec les jambes douloureuses. Mais je n’ai rien à perdre et en plus je viens de taper mon revers comme jamais. Mon corps ne veut pas toujours se battre mais moi si."

La foudre dans le bras droit

Comment compense-t-il ? Par une puissance en coup droit quasi inégalée, qu’il a encore mis le Suisse à trois mètres de la balle régulièrement mercredi soir. Et quand il n’expédie pas les coups gagnants, sa balle a retrouvé tant de lourdeur qu’elle neutralise. On ajoute à ça un service qui recommence à bien claquer maintenant que dos et épaule sont réparés.

Dans ce remake de la finale 2009, il a ainsi sauvé deux balles de set sur des aces à 4-6 dans le jeu décisif. Et on reste toujours autant impressionné par sa vélocité malgré son 1,98 m.

Il aurait dû perdre ce huitième de finale face à Thiem et sans doute aussi ce troisième set face à Federer mais il ne l’a pas fait et ça vient de ce qui reste sa plus grande force : Juan Martin Del Potro est un guerrier avec un cœur et des tripes de taille XXL. Et cette force mentale recommence à terrifier le vestiaire.

Del Potro n’est plus ce miraculé satisfait de gagner le moindre match : il est redevenu l’ambitieux géant.

Le chouchou de tous les publics

Les ge­ns aiment les héros maudits, encore plus s’ils ont la stature d’un joueur comme Del Potro. Alors l’Argentin à la carrière souvent brisée mais qui ne cesse de revenir est la success story qui fait se déplacer les foules. Aux Etats-Unis, il est en plus défié par la communauté sud américaine : en Floride et à New York, il joue à domicile !

Cet US Open a confirmé son immense cote de popularité : il a mis en transe le Grandstand à chaque match, l’a fait exploser de joie quand il a battu Thiem et, mercredi sur le central il a réussi l’impossible en volant la vedette à Federer.

Il fallait voir le visage incrédule et un soupçon agacé du Suisse en entendant ce public prendre fait et cause pour ‘Del Po’, chanter son nom, hurler de joie sur ses coups gagnants. Poussée à l’évidence, la télévision américaine a même modifié la tradition de l’interview sur le court pour le laisser aussi parler en espagnol !

Quand on lui fait remarquer qu’il a un peu volé ce qui était la maison de Federer, il glisse avec sa voix rauque et son sourire timide un "mais ici aussi c’est chez moi". Ne jamais confondre la douceur de Del Potro avec une absence d’ego ! Alors il savoure sa popularité : "c’est incroyable de voir les fans derrière moi comme ça alors que c’est toujours dur face à Federer de récupérer l’amour des spectateurs. Après tous les problèmes que j’ai eus, revenir et voir comme tout le monde me soutient, c’est incroyable."

Il a suffisamment souffert

Oui, il aurait été fantastique que Federer et Rafael Nadal se rencontrent enfin à l’US Open. Un blockbuster renforcé par la place de n°1 mondial en jeu. Avec un Federer qui a un 20e Majeur en ligne de mire. Ce match faisait saliver tout le monde… et il n’aura pas lieu. Un flop de plus dans un tableau masculin qui a fait de ce mot sa routine ici. Mais dans ce qui reste une petite catastrophe, il est impossible de ne pas être heureux pour Del Potro.

Ce garçon aurait dû gagner au moins autant de Majeurs que Stan Wawrinka et Andy Murray. Il aurait dû être au moins une fois n°1 mondial. Mais au lieu de ça, il a passé des années hors du circuit, les poignets brisés, la tête à l’envers. Car Del Potro n’a pas seulement dû enchaîner les opérations, il a aussi dû sortir de vraies périodes de dépression. Depuis Rio jusqu’ici en passant par la victoire en Coupe Davis, le tennis est en train petit à petit de lui rendre son dû.


La réaction de Roger Federer

"J’ai fait trop de fautes, lui a très bien joué, a eu un cœur de lion dans les moments importants et parfois je l’ai aussi un peu aidé. […] Il s’est produit des choses qui expliquent ma performance. Je sentais que si je tombais sur un joueur fort, j’allais perdre. Cela dépendait trop de mon adversaire et je n’aime pas ce sentiment, or je l’ai avec moi depuis le début du tournoi. C’est logique que je sorte car je n’étais pas assez bon dans ma tête, dans mon corps et dans mon jeu pour le gagner. Ce n’est pas grave, j’ai essayé jusqu’au bout. Après, expédier des smashs dans le filet et des volées dans les bâches, c’était horrible. Mais je dois avant tout penser à ce que j’ai déjà accompli cette saison et rapidement tourner la page."