Tennis

La Japonaise est entrée dans l’histoire dimanche malgré la crise de nerfs de sa rivale.

Naomi Osaka était la meilleure joueuse sur le court central de l’US Open samedi et a amplement mérité de décrocher son premier titre du Grand Chelem (6-2, 6-4). Jamais aucun Japonais n’avait remporté un Majeur, voilà l’ampleur de la performance de la joueuse de 20 ans face à son idole. Elle a servi le feu, expédié des coups droits à la vitesse de la lumière, tenu la dragée haute à une Williams trop erratique à l’échange : elle a tout dominé. Voilà ce qui devrait être le sujet majeur du jour : le triomphe d’Osaka et la deuxième défaite de suite en finale d’un Grand Chelem pour Williams qui continue de chasser le n°24. Mais malheureusement, Osaka va devoir se battre pour se faire une place au milieu de la polémique.

Tout ça parce qu’au cinquième point du deuxième jeu du deuxième set l’arbitre Carlos Ramos a donné un warning à Williams pour coaching après avoir vu Patrick Mouratoglou faire des gestes en sa direction. Un fait de jeu qui arrive tout le temps, mais qui a déclenché l’outrage de l’Américaine. Elle n’a pas vu ce coaching, elle exige des excuses de l’arbitre. Qui évidemment ne s’exécute pas. Mouratoglou admettra après la rencontre qu’il avait bien fait du coaching. 

A 3-2 en perdant son break, Williams fracasse sa raquette : deuxième warning et donc automatiquement point de pénalité. Mais l’ex n°1 mondiale ne se calme pas, au contraire, et continue d’argumenter, de pointer l’arbitre du doigt d’un air menaçant. Et à 4-3 au changement de côté, incapable de contrôler sa colère elle l’insulte : “menteur”, “voleur”. Ramos, qui se fait crier dessus depuis un moment déjà lui donne un troisième warning : jeu de pénalité automatique. Williams fait appel au superviseur, en vain. Elle tient son service mais dans la foulée et malgré les huées du public, Naomi Osaka boucle l’affaire.


Il faudra les larmes de la Japonaise sur le podium pour que Williams retrouve ses esprits et redevienne la grande championne qu’on connaît, en réconfortant sa rivale et en demandant au public de respecter la gagnante. “Je me sentais mal, elle pleurait et je ne savais pas si c’était la joie ou si les circonstances étaient trop dures pour elle. C’était son moment, elle l’avait mérité.” 

En conférence de presse, l’Américaine a rejeté toute la faute sur l’arbitre qu’elle a accusé de sexisme car selon elle les hommes font ce qu’elle a fait tout le temps sans sanction. “C’est honteux, moi je me bats pour les droits des femmes. Je ne comprends pas.” Sauf qu’elle a tort : Grigor Dimitrov a pris un jeu de pénalité qui lui a coûté la finale d’Istanbul 2016, David Nalbandian a été viré de la finale du Queen's 2012, Nadal a pris des warnings pour des grossièreté, Djokovic ici même avait pris un warning pour coaching, et on en passe. 

Cela se produit toutes les semaines sauf que généralement le joueur ou la joueuse s’arrête avant la ligne rouge: avec déjà deux warnings en poche ils n’aggravent pas leurs cas. C’est parce qu’elle avait déjà pris deux avertissements, mérités, que cette salve d’insultes lui a coûté un jeu. Ramos aurait-il pu être plus cool ? Oui. Devait-il l’être ? Non. Il a appliqué le règlement, ce que le tournoi a confirmé. Williams a reconnu qu’elle n’aurait pas dû l’insulter, mais sans se rendre compte qu’elle a grillé les fusibles pour un warning dont tous les joueurs se moquent. La colère qui est sortie était peut-être plus celle de la légende qui voit la finale et donc le record lui échapper. Si elle était restée dans son match, peut-être qu’elle aurait pu inverser la tendance. Mais sa rage a tout emporté et aussi gâché la fête de Naomi Osaka, ce qui est le plus grave finalement.

© AFP

© afp