Wickmayer à taille humaine

Mig. T. et G. L. Publié le - Mis à jour le

Tennis

Toujours traumatisée par sa suspension d’un an prononcée par le Tribunal antidopage flamand, Yanina Wickmayer a tenu, hier, une conférence de presse, principalement à l’attention des journalistes internationaux. Emue, parfois au bord des larmes, elle a plaidé, à nouveau, sa bonne foi. "J’étais à l’étranger lorsque les fameux courriers recommandés sont arrivés à la maison. C’est la seule raison pour laquelle je n’y ai pas répondu ", explique-t-elle.

L’Anversoise ne comprend toujours pas ce qui lui arrive. "Voyant que je ne répondais pas à ses courriers pour cause d’absence, l’administration flamande aurait pu essayer de me joindre par mail, par SMS ou par téléphone. En 2009, il y a de nombreux moyens de communication. Mais elle ne l’a pas fait. C’est la preuve que quelque chose ne fonctionne pas..."

Pour la jeune championne, désormais pointée à la seizième place de la hiérachie mondiale, c’est une vraie catastrophe. "Les gens n’imaginent pas les efforts que j’ai consentis, depuis mon plus jeune âge, pour arriver à ce niveau. Et là, soudain, à cause d’un simple courrier, tout s’écroule. Si rien ne change, il va me falloir repartir de zéro, ou presque. Je vais perdre mon ranking. C’est d’autant plus dur que je n’ai jamais été mêlée à aucune histoire de dopage. J’ai répondu à tous les contrôles. J’ai toujours collaboré avec les instances. Je suis une fille clean. Je demande juste un peu de compréhension. Les joueurs de tennis ne sont pas des robots. Nous sommes aussi des être humains. O.K., il y a un règlement. Mais je suis nouvelle dans le métier. Je n’avais pas de team autour de moi. Je ne maîtrise pas tous les paramètres. Je ne connaissais pas la spécificité de la règlementation flamande. Personne ne m’en avait jamais parlé..."

Yanina ne sait plus à quoi s’attendre. Depuis que la sanction est tombée, elle est complètement perdue. Elle passe son temps dans sa chambre, à ruminer sa peine. "L’affaire est entre les mains des avocats. J’attends..." dit-elle.

Son entourage garde un mystérieux silence sur la situation actuelle. Avant de recourir officiellement au TAS (Tribunal d’Arbitrage du Sport), une procédure pourrait être introduite en Belgique où même des voix politiques se sont élevées pour soutenir Yanina Wickmayer et Xavier Malisse. "Mais nous ne pouvons rien dire de plus à ce stade..."

Jusqu’à fin 2008, les cas de dopage répertoriés en Flandre étaient jugés par la commission disciplinaire de la Communauté flamande. Cette année, un nouveau décret est d’application (obligations médicales en matière sportive). Chaque ligue est responsable du jugement et des mesures disciplinaires en cas de contrôle positif.

Mais l’association des fédérations sportives flamandes a demandé à ses membres de mettre sur pied un tribunal commun, ce qui a été accepté par 35 ligues ou fédérations flamandes. Le "Vlaamse doping tribunaal" (VDT) est donc opérationnel depuis le début 2009. Ses membres ont été élus parmi les candidats proposés par les Fédérations. Fernand Van Huyneghem (Fédération flamande de natation) en est le président et Guy Craaybecx (UB de football) le vice-président.

Les autres membres : Koen Ulman, Rudy Gleymes, Paul Thijs et Jan Willemse. "Ce tribunal garantit une approche pro de la lutte et de la procédure disciplinaire antidopage. Il sera le garant d’une jurisprudence uniforme."

Mais sur le site du tribunal, la page jurisprudence est vierge, car les juges n’ont pas eu beaucoup de travail, hormis, par défaut, Wickmayer et Malisse.

La décision du VDT a provoqué une levée de boucliers dans tout le pays. Hugo Camps, dans De Morgen, s’est fendu d’un éditorial au vitriol. "La Flandre une fois encore veut être plus catholique que le pape en instaurant ce Big Brother."

Le monde politique s’est aussi ému de la décision. Philippe Muytens (ministre flamand des Sports) a dit qu’un appel en Belgique devrait être possible.

Au sud du pays, un décret verra le jour dans quelques mois. Pas de grands changements, mais une législation qui colle davantage aux exigences de l’AMA (qui regrette la "dispersion des compétences en Belgique"). "La localisation des athlètes peut se faire en respectant leur vie privée", a dit André Antoine, ministre wallon des Sports.

Mig. T. et G. L.