Xavier Malisse, des bas-fonds vers le plafond

PAR LAURENT GÉRARD Publié le - Mis à jour le

Tennis

PORTRAIT

La première fois que Xavier Malisse fit réellement parler de lui au niveau mondial, c'est en février 1998 lorsque, pour son premier match sur le circuit ATP à l'âge de 17 ans et demi, il fit trembler le grand Pete Sampras au premier tour du tournoi de Philadelphie, l'obligeant à disputer un troisième set que l'Américain ne remporta que sept jeux à cinq.

Formé d'abord à la VTV, le Courtraisien se vit proposer en septembre 1997, par l'agence de management IMG, qui gère ses intérêts, un essai de deux semaines à l'académie de Nick Bolletieri, sur les traces de prestigieux aînés, tels Andre Agassi ou Jim Courier. Là-bas, il allait notamment croiser le fer avec des sparring-partners aussi talentueux que Marcelo Rios ou Tommy Haas. Sous le soleil de Floride, grâce à des entraînements intensifs, où l'accent était, plus qu'ailleurs, mis sur la préparation mentale positive, Xavier fait de gros progrès. Mais c'est accompagné de Koen Gonnissen qu'il décrochera son premier résultat réellement significatif, en atteignant, en octobre 1998, la finale du tournoi de Mexico.

Celui que les Américains surnommèrent rapidement X-Man forgea encore l'un ou l'autre beau résultat dans les mois qui suivirent, comme une nouvelle finale, à Delray Beach en 1999. Malheureusement, Xavier éprouva beaucoup de difficultés à gérer ce succès grandissant: il passait plus de temps à s'amuser avec ses copains et à suivre sur le circuit féminin sa copine Jennifer Capriati, en plein come-back, délaissant ainsi sa propre carrière et même l'Académie Bolletieri. L'année 2000 de Xavier fut une année «sans». «Cette relation avec Jennifer ne m'a rien apporté de bon, témoignait-il. Ou plutôt si, elle m'a appris toutes les choses qu'il ne fallait pas faire.»

EN ROUTE VERS LE TOP 20?

Heureusement pour lui, et l'ensemble du tennis belge, Xavier allait prendre des bonnes résolutions à l'aube du nouveau millénaire et se consacrer à nouveau plus sérieusement à son métier de tennisman. Les premiers efforts furent récompensés par une demi-finale à San Jose et une finale à Delray Beach, alors qu'il voyageait seul sur le circuit.

Quand il apprit que Tim Henman s'était séparé de son coach David Felgate, Xavier demanda à ce dernier si cela l'intéressait de s'occuper de lui. L'Anglais, en mal de tennis, accepta rapidement et leur collaboration débuta quelques jours plus tard, à Atlanta, par une nouvelle finale, perdue face à Andy Roddick. La collaboration fut si fructueuse (26 victoires pour 16 défaites) que, alors qu'elle était initialement prévue pour durer jusqu'à l'US Open, les deux hommes décidèrent de la prolonger. En atteignant les demi-finales du tournoi de Lyon la semaine dernière, Xavier Malisse s'est désormais hissé à la 38e place au classement ATP, le meilleur rang jamais atteint par un Belge (Filip Dewulf se hissa à la 39e place en 1997).

Parallèlement à ses résultats individuels, Xavier a également repris lien avec l'équipe belge de Coupe Davis, après une dispute concernant les primes dévolues aux joueurs. Contre le Maroc, malgré la défaite collective, il a prouvé que la Belgique comptait en ses rangs un premier joueur de haut niveau. «Je ne veux pas encore faire de lui le véritable leader de l'équipe, explique Steven Martens, le capitaine belge, mais il va le devenir, grâce à son classement et ses résultats en Coupe Davis. C'est tout de même lui qui a remporté le seul simple de la Belgique contre le Maroc. Cette 38 e place est le fruit de sa régularité depuis le début de la saison. L'année 2002 sera difficile pour lui: il devra confirmer. Mais je pense qu'il peut viser une place dans le Top 20. Il a ça en lui, même s'il a encore besoin de maturité, de force physique et mentale.»

Xavier Malisse n'a encore que 21 ans. Il a le temps d'acquérir ce petit plus qui ferait de lui un joueur d'exception et ainsi faire taire ses détracteurs qui ne voient en lui qu'un enfant gâté et nonchalant, plus prompt à recoiffer sa longue tignasse entre deux échanges qu'à se battre sur chaque point.

© La Libre Belgique 2001

PAR LAURENT GÉRARD