Essentielle Vino
En France commence une nouvelle ère pour le Languedoc. Une nouvelle preuve en a été donnée lors d’une récente dégustation par les critiques les plus éminents du monde du vin. Il y a dix ans, seule une dizaine de vins du Languedoc y aurait obtenu un score de 90+. En 2017, on trouve des ‘Superpremiums’ (95+), dans quasiment chacune des appellations et crus du Languedoc!

Lors du dernier Concours Mondial de Bruxelles en mai dernier, le Languedoc-Roussillon a là aussi décroché quelque 63 médailles d’Or, dont plusieurs Grandes Médailles d’Or, ainsi que les Trophées ‘Révélation Rosé de France’ (Château Ventenac Rosé, AOP Cabardès) et ‘Révélation Blanc de France’ (Foncalieu Muscat sec, IGP Coteaux d’Ensérune). Les Grandes Médailles d’Or sont allées notamment à Mont Tauch (AOP Fitou) et Mas Gabinèle (AOP Faugères).

Le temps où le vin du Languedoc était synonyme de production de masse est loin derrière nous. En Belgique, nous sommes un peu trop éloignés de la réalité quotidienne des vignerons pour nous en rendre compte, mais l’évolution a été extraordinaire ces dernières années. Aussi, nous avons interrogé trois œnologues du Languedoc d’origines différentes pour nous retracer le chemin parcouru. Robert Eden est le winemaker gallois du Château Maris en AOP Minervois-la-Livinière, Philippe Cambie a été élu Winemaker of the Year (2010) par Robert Parker. Il a gagné ses galons à Châteauneuf-du-Pape mais il s’est enrichi d’expériences au Château Castigno (AOP Saint-Chinian) et chez Puech-Haut (AOP Pic-Saint-Loup). Claude Gros est quant à lui œnologue-consultant au Château la Négly (AOP La Clape), mais fort demandé à Bordeaux ces jours-ci.

> Robert Eden : « Le succès est dû au travail de nombreux vignerons passionnés guidés par une véritable croyance en la qualité du terroir languedocien. Mais, croyez-moi, ce succès n’est pas venu tout seul, mais bien par étapes. Et cela a pris exactement vingt ans - on a démarré avec Maris en 1997! Mais ce ne serait pas arrivé si nous n’y avions pas cru. C’est comme croire que l’on peut courir 100 mètres en 10 secondes. Au début, on arrive rapidement à 11 secondes, mais il faut ensuite travailler deux ans pour arriver à 10,2 secondes… Cela nous a motivés pour aller encore plus loin dans les détails nous permettant d’améliorer la qualité. Et cela n’a rien à voir avec la technique : investir dans une cave et des machines est certes intéressant mais insuffisant. Le miracle est arrivé parce que nous avons travaillé durement dans nos vignobles. Nous y croyions tellement que cela a fini par arriver : maintenant, nous pouvons, comme les grands, courir 100 mètres en 10 secondes. Pourquoi précisément maintenant? J’ai le sentiment que les vignerons, les amateurs de vin, les critiques vins et les prix sont tous sur la même longueur d’ondes. Un attelage de quatre personnes qui avancent parfaitement avec le même tempo. »

> Philippe Cambie : « Même si mon nom est souvent associé à Châteauneuf-du-Pape où j’ai fait mes premières armes, qu’on ne s’y trompe pas, je suis un Languedocien pur sang. Ce qui se joue aujourd’hui dans le Languedoc est passionnant et s’explique par plusieurs facteurs à la fois. Tout d’abord, la nouvelle génération d’œnologues est mieux formée. Ils s’inscrivent dans les traces de quelques pionniers diplômés dans les années 90 tels que Olivier Jullien, Sylvain Fadat, Michel Puech, Alain Chabanon et quelques autres. Ensuite, cette nouvelle génération de vignerons a une approche différente et a su travailler ses terroirs pour en prouver la qualité. Ils ont également compris qu’il ne fallait en aucun cas copier les autres, mais plutôt magnifier les acquis des anciens et développer de nouvelles perspectives, comme le travail sur les cépages ancestraux ou la redécouverte des vieux Grenaches et Carignans. On voit maintenant se dessiner une nouvelle carte des terroirs, mais, ceux-ci doivent absolument conserver leur identité. Les vins du Languedoc doivent être le miroir de leur climat et de leurs cépages : généreux, riches et pleins de fruits. Et ne pas confondre finesse et sécheresse, fraîcheur et verdeur. »

> Claude Gros :
« Le saut de qualité du Languedoc a été discrètement amorcé il y a une trentaine d’années par quelques pionniers comme Henri Gualco et son Etang des Colombes en Corbières. Ce qu’ils ont semé a été récolté par une nouvelle génération d’œnologues qui ont une culture plus large et plus moderne et qui ont opté pour des méthodes de vinification plus sophistiquées. Ils ont laissé les barriques de côté pour les remplacer par des foudres ou des demi-muids mieux adaptés aux cépages du Languedoc. Les investissements, notamment par des acteurs du monde anglo-saxon, ont aussi apporté leur pierre à l’édifice, ils nous ont permis de comprendre que nos vins pouvaient devenir de véritables icônes et relever de l’excellence. Dans l’ensemble, nous pouvons maintenant dire que nous travaillons plus sur la finesse et l’équilibre. Techniquement, le Languedoc est à la pointe en France et c’est encore renforcé par le fait que nous pouvons travailler avec de nombreuses variétés qui créent des possibilités créatives que vous n’avez pas ailleurs. Dans le même temps, nous devons nous rappeler que nous sommes dans la région méditerranéenne avec beaucoup de soleil et une nature sauvage. On ne peut nier ces propriétés. Oui, nous rejoignons l’élite, mais sans perdre le rapport qualité-prix de vue, ce qui reste l’un des points forts de cette région. »


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Domaine La Bouysse ‘Mazérac’ (bio), AOP Corbières Boutenac
Au cœur des Corbières, à côté de l’abbaye de Fontfroide, Martine et son frère Christophe travaillent en bio. Les vignobles de cette cuvée se situent sur le terroir argilo-calcaire de Boutenac. Des vieilles vignes de Carignan de 80 ans et de Grenache sont à la base de ce vin. La robe profonde annonce des arômes de pruneau, de cerise et de mûre. La bouche est très raffinée, avec une palette aromatique subtile de truffe, de cacao, de vanille et de tabac brun. Minéralité et épices enrichissent la finale, tout comme le bois joliment intégré.
Lutgard Pigmans, Le Pur Sang – 17,30€

Prieuré St Jean de Bébian, AOP Languedoc Pézenas 2014
Ce vignoble a une belle histoire et était destiné à produire un grand vin. Il a été acquis dans les années 90 par deux journalistes (Lebrun et Lecouty) de la Revue du Vin de France, qui l’ont ensuite revendu à un investisseur russe. Profondeur, minéralité, longueur, ce vin a tout, vous devez le boire pour le croire. J’ai encore en cave des bouteilles de 1995 et 1996, elles sont seulement maintenant à leur apogée !
Thierry Van Hecke, La Fontaine aux Vins – 26,00€

Château Sainte Eulalie ‘La Cantilène’, AOP Minervois la Livinière 2014
Cet excellent domaine confirme en 2014 tout le bien que l’on dit de lui. Ce vin (55% Syrah, 30% Carignan, 15% Grenache) est élevé pendant 12 mois et bénéficie de 25% de bois neuf. Le nez est raffiné avec un parfum prédominant de fruits noirs : mûre, myrtille, avec aussi un soupçon de menthol frais et des épices. Grâce à sa belle concentration en bouche et sa longue finale, il sera le compagnon idéal de vos belles viandes grillées (rouges ou en sauce) ou d’un fromage à la croûte fleurie.
Josy Mathoul, Calivin – 15,00€

Domaine des Grandes Costes 2014 – AOP Pic Saint-Loup
Le nez de ce vin nous transporte d’abord vers un décor de garrigue, de thym, de romarin aux saveurs gourmandes de fruits, de poivre noir et de violette, puis, vers la myrtille, la mûre, la lavande. L’attaque est élégante, le vin présente une belle densité sur des notes de myrtille, de sauge, de thym et de romarin. La bouche nous offre une belle rondeur et se referme, avec harmonie et équilibre, sur des tanins qui font saliver.
Christophe Pochet, Le Comptoir des Vins – 21,95€

Domaine Virgile Joly ‘Saturne’ 2013 (bio), AOP Languedoc Saint Saturnin
Virgile Joly est un œnologue qui a une vaste expérience de l’étranger et qui a commencé dans le Languedoc en 2000 avec un vignoble d’un seul hectare. Maintenant, il en a 15. Il s’agit ici d’un vin de terroir très pur, produit avec le plus grand respect pour la nature, élaboré avec des raisins de Grenache, Syrah et Carignan cueillis à la main. Le vin est puissant et sa texture soyeuse. Idéal avec des viandes rouges et du gibier et à ouvrir en bonne compagnie !
Jean-François Guyot, Vinea Events – 15,90€

Domaine Les Aurelles ‘Solen’ 2011, AOP Languedoc Pézenas
Voici un vin d’un vigneron un peu extravagant : Basile Saint-Germain fait en effet renifler chaque grappe de raisins par ses vendangeurs pour en vérifier la bonne santé. Au moindre doute, elle est jetée à terre. Le vin est à peine sulfité, en dessous du seuil de la biodynamie. Le nez déborde de notes d’épices douces et de bois précieux, la structure prend le relais des arômes dans un fondu-enchaîné velouté, précis et élancé. Un vin aérien à servir avec une épaule d’agneau farcie, un mijoté de bœuf aux oignons, un tournedos aux cèpes.
Eric Kaesmacher, Sobelvin – 34,40€

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