Essentielle Vino Etape 3 : autour d’Urville
La locomotive de l’Aube est sans conteste le champagne Drappier, une maison créée en 1808 à Urville, non loin de Bar-sur-Aube. Formé à Beaune, Michel Drappier rejoint le domaine de ses parents à la fin des années 70 et, après 1989, opère un virage vers le bio et le durable. Il décide de mettre en pratique une équation d’apparence simple : travailler le même sol que les Grands Crus de Chablis, de s’appuyer sur 850 ans d’histoire (la maison occupe un ancien bâtiment de l’abbaye de Clairvaux) et de tirer profit du climat de l’Aube. "Il ne s’agit pas de faire du Chablis avec des bulles, poursuit-il, mais de chercher notre signature et de mettre notre terroir dans le verre. Nous vinifions désormais chaque parcelle séparément, car chacune a son parcours, son identité. C’est comme les enfants dans une grande famille, ils ne sont pas tous éduqués pareillement…"

Michel Drappier
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Un travail de recherche a progressivement amené Michel Drappier à n’utiliser que très peu, voire pas du tout, de soufre ou de bois, et de doser les vins le moins possible. Pour ne pas "empoisonner les prochaines générations", Drappier essaie aussi de faire "le plus propre possible". Le développement durable trouve ici toute son expression : cette exploitation viticole est la première exploitation à être certifiée "carbone neutre" en Champagne et produit bientôt 60 % de son électricité. "De mon vivant, nous atteindrons les 100 % ", assure Michel Drappier, confiant. Côté vins, le "Brut Nature Classique" 100 % Pinot noir est une pure merveille et un exemple du genre lancé voici presque 20 ans, mais n’est que la pointe de l’iceberg dans la production de Drappier. "Carte d’Or", Rosé, "Charles de Gaulle", "La Grande Sendrée", et "Quatuor" (élaborée avec quatre cépages champenois rares) : la gamme est très complète et quasiment sans reproche. Chez tous les bons cavistes belges.

Coopérative vinicole de Barfontarc
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Non loin de là, à Baroville, la Coopérative vinicole de Barfontarc a été fondée en 1962 et rassemble quelque 50 vignerons qui gèrent chacun leurs vignes et vendent leurs raisins à la coopérative dont les installations permettent de stocker trois à quatre ans de champagne, soit quatre millions de bouteilles qui sont vendues dans le réseau des cavistes et de l’horeca, et exportées pour 20 % d’entre elles. En Belgique, les vins sont vendus par Van Eccelpoel à Herentals et par l’épicerie Saint-Hubert à Uccle. La cuvée Tradition remporte régulièrement une médaille au Concours mondial de Bruxelles, et le Rosé de saignée, 100 % Pinot noir, est à conseiller (voir notre dégustation – vérifier si on le présente).

Au nord-est de Bar-sur-Aube, le Champagne Monial est le projet de la famille Calon qui hérita de la ferme de la grand-mère, ferme qui abrite un ancien cellier de l’abbaye de Clairvaux du XIIe siècle. Un projet de gîte vit rapidement le jour, tout comme l’exploitation de quatre hectares de vignes dans les alentours afin de faire revivre l’activité historique de ce lieu unique en Champagne. Et cela fonctionne. Les cuvées Lux Aeterna (100 % Chardonnay) et Libera Me (80 % Pinot noir), toutes deux en brut nature, sont étonnantes de vivacité et sont complétées par des champagnes bruts : Communio, Libera Me, Lux Aeterna Rosé et Sylves Brut, d’une belle complexité. La maison cherche un importateur belge, avis aux amateurs.

Deux dernières adresses avant de remonter en Belgique, toutes deux à Arrentières : Boulachin-Chaput et Albert Beerens.

Geoffrey Boulachin
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Implantées dans la région au début du XIXe siècle, les familles Boulachin et Chaput se retrouvent dans plusieurs villages des environs, mais c’est à Arrentières que nous nous rendons pour rencontrer Geoffrey Boulachin qui gère la cave familiale avec son frère Emmanuel au vignoble et ses parents pour la gestion et les livraisons. « Le terroir est différent ici, explique-t-il, on n’est clairement pas dans la Marne. Ici, les vins ressemblent à la personnalité des gens qui travaillent depuis des années dans la vigne. Nous n’avons pas l’esprit du luxe et voulons faire de beaux raisins, plutôt que de belles bouteilles à placer uniquement aux belles adresses. Nous sommes bien plus les pieds dans la terre. » Ancien commercial en vins et spiritueux, Geoffrey entend surtout développer l’export, estimant le marché français fermé. « Avec des vins 100 % Pinot noir, des bruts nature et un dosage moindre, nous devons faire un mixte entre ce qui est atypique et ce qui se vend. » Boulachin-Chaput est aussi l’un des rares à produire du Pinot Meunier. Son « Millésime 2005 » contient d’ailleurs les trois cépages à parts égales, mais il n’y en a que 1000 bouteilles. Gamme importée par « Du vin etc. » à Chaudfontaine et « Planet Vin » à La Louvière.

Olivier Desfossé et Anne-Laure Beerens
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Enfin, clôturons cette tournée-découverte avec le champagne Albert Beerens. Il s’agit ici aussi d’un domaine familial, détenu par les Beerens depuis 1862. Après le décès de son père voici une dizaine d’années, Anne-Laure Beerens, dont la grand-mère maternelle était belge, a repris l’exploitation avec son compagnon Olivier Desfossé et a monté une équipe de six personnes dont sa sœur Maria. Une nouvelle cave semi-souterraine et un nouveau chai ont été construits à Arrentières en 2012 et permet la production annuelle de 40.000 bouteilles avec sept hectares de vignes sur quatre crus et avec quatre cépages. On trouve en effet un peu de Pinot blanc chez Beerens qui fait surtout la part belle au Pinot Meunier que l’on retrouve dans tous les vins entre 10 et 30 %, sauf dans le Brut blanc de blancs. Le millésimé 2012, « Prestige » se détache clairement et a recueilli tous nos suffrages lors de notre dégustation des champagnes de la Côte des Bars.