Essentielle Vino Au sud de Valladolid, la DO Rueda est la dénomination qui a connu la plus grande croissance ces dernières années. C’est aujourd’hui le n°1 des vins blancs espagnols alors qu’elle n’était nulle part dans les années 80. Son histoire est unique. On y fait du vin depuis très longtemps, mais après la crise phylloxérique à la fin du 19e siècle, plus rien ne semblait aller. Les récoltes étaient maigres ; le Verdejo, le cépage blanc de la région, ne donnait plus grand chose. Par dépit, on commença à planter des cépages pour faire des vins de sherry, avec l’espoir que cela rapporte davantage. Puis vint Marques de Riscal, grand nom de la Rioja, qui voulait trouver une terre de blancs. Avec Emile Peynaud, célèbre œnologue français “père de l’œnologie moderne”, ils recherchèrent le meilleur terroir de blanc. De préférence avec des cépages français, mais cela pouvait être une variété locale également. Peynaud constata alors que les vignobles avec des vieux pieds de Verdejo qui dataient d’avant le phylloxéra donnaient plus que les jeunes plantations, ce qui allait exactement à l’inverse de toute logique. La raison fut rapidement trouvée : les jeunes plants de Verdejo ont été greffés sur des porte-greffes américains qui ne leur convenaient pas! Nous sommes alors en 1972. Quelques années plus tard, Marques de Riscal (détenu par la famille Hurtado de Amézaga) mit son premier vin blanc sur le marché et, en 1982, la Rueda décrocha son appellation d’origine contrôlée. A côté du Verdejo, Peynaud fit également planter du Sauvignon blanc et ce fut également un succès. Aujourd’hui, rien n’empêche de mettre sur le marché un vin 100 % Sauvignon sous D.O. Rueda. La Rueda produit aussi du rouge (et du rosé) en quantités très limitées. Ce sont souvent des vins intéressants, car les producteurs qui font ce choix ont l’ambition de rivaliser avec leurs proches voisins.

En blanc, trois styles coexistent : tout d’abord des vins jeunes, frais et fruités qui ne passent pas en barrique et qui arrivent rapidement sur le marché (nous buvons actuellement le 2016), puis les Reserva qui mûrissent sur lies et/ou dans des barriques. Ceux-ci arrivent environ un an et demi après la récolte sur le marché. Et enfin, les “Dorados”, ainsi nommés à cause de leur couleur dorée et dont le style fait penser à des Sherrys Oloroso, proche de l’ancienne tradition d’avant-Peynaud.

Part de marché écrasante
Aujourd’hui, on dit parfois que la Rueda a appris aux Espagnols à boire du vin blanc sec. Ce que reconnaît avec plaisir Santiago Mora, Secrétaire Général de la D.O. Rueda, comme il nous l’a confié lors d’un agréable entretien à Matapozuelos, dans le populaire mais excellent restaurant “Meson de Pedro”.

En 2014, 37 % des vins blancs de qualité espagnols venaient de la Rueda. Cela va-t-il toujours dans la même direction aujourd’hui?

Mora: “Absolument, les derniers chiffres sont de l’ordre de 42 %. Vraiment énorme. Nous n’aimons pas nous rappeler la crise que notre pays connut en 2007, mais Rueda est le seul vin qui, depuis lors, se vend mieux, aussi sur
le marché intérieur.

Des signes indiquent-ils que le maximum a été atteint?
“Non, je pense que l’on peut espérer plus encore. Deux producteurs importants, Marqués de Cáceres et Torres, ont commencé à produire en Rueda. Ce sont des grands noms qui vont automatiquement ouvrir de nouveaux marchés pour notre appellation.”
Beaucoup de vins populaires sont victimes de leur succès et entraînent parfois une augmentation artificielle de la production. Ne redoutez-vous pas un tel scénario?
“Nous sommes conscients de ce danger et nous avons pris nos précautions. Les conditions de production sont strictes, la récolte maximale par hectare est fixée à 10.000 kg, soit 70 à 75hl. Cela permet de maintenir la qualité mais aussi d’assurer un bon prix. Les vignerons sont aussi obligés de protéger leurs raisins de l’oxydation et la D.O. promeut l’usage de levures endogènes et des vendanges nocturnes.”
De nombreuses régions de blancs ont connu une mauvaise récolte en 2016. Que ce soit au Chili, en Bourgogne ou dans le sud de l’Autriche, les volumes sont très modestes. Comment était 2016 pour la Rueda?
”Nous n’avons absolument pas à nous plaindre. Pour le Sauvignon, l’année fut difficile car très chaude, mais pour le Verdejo, elle est excellente. Résultat : nous avons ramassé 22 % de raisins en plus que 2015. Pas de risque de rupture de stock en Rueda!"