Vers des bouchons de bouteille écologiques

Marc Vanel Publié le - Mis à jour le

Essentielle Vino Depuis plusieurs années, les fabricants de bouchon en liège affinent leurs produits pour proposer des solutions de bouchage plus respectueuses de la nature. Dernier né : "Origine by Diam", un bouchon garanti 100 % sans goût de bouchon et utilisant de la cire d’abeille. Panorama d’un secteur en mutation.

Lorsqu’il pénètre dans l’usine de Diam à Céret dans les Pyrénées, le visiteur découvre avec surprise un univers peuplé de tuyaux brillants, digne du film Brazil : il s’agit en réalité d’un système hautement sophistiqué destiné à extraire du liège le "trichloroanisol" ou TCA en abrégé, une molécule chimique redoutée qui est responsable du "goût de bouchon" dans le vin mis en bouteille. Mais revenons quelque peu en amont de cette opération, à la découverte de ce matériau étonnant qu’est le liège.

Léger, imperméable au liquide et au gaz, compressible, élastique, isolant et pratiquement imputrescible, le liège est connu depuis la nuit des temps, car issu d’un arbre, le chêne-liège, qui possède la capacité de renouveler son écorce une fois qu’elle lui a été enlevée. On trouve des traces d’utilisation de liège comme bouchon dans les amphores dès le début de notre ère. Premier producteur mondial de liège, le Portugal a été le premier pays à protéger par des lois les subéraies (les forêts de chêne-liège) dès le 13e siècle. Outre un usage dans le domaine vinicole, les Portugais utilisaient ce bois pour fabriquer les parties de leurs bateaux les plus exposées aux intempéries, mais c’est seulement au 18e siècle que se développe l’exploitation systématique des subéraies, surtout dans la péninsule ibérique, puis en France, en Italie, en Tunisie, en Russie ou aux Etats-Unis.

La première machine à fabriquer des bouchons est brevetée au 19e, une invention largement améliorée au fil des ans qui connaîtra rapidement de nouveaux débouchés, notamment dans la construction. Aujourd’hui, même si la capsule à vis tend à prendre des parts de marché au liège, celui-ci brille par sa perméabilité à l’oxygène et sa maîtrise des phénomènes d’oxydo-réduction. Son élasticité lui permet en outre de s’adapter parfaitement au goulot de la bouteille, compensant les dilatations et contractions que la bouteille en verre et son contenu subissent suite aux variations de la température ambiante. Le bouchon en liège permet au vin de continuer son évolution en bouteille et est donc un élément essentiel dans l’élaboration du vin, il en permet le vieillissement pendant de longues années sans l’altérer.

© Luxembourg Vins&Crémants

Les différents types de bouchons en liège
Plusieurs catégories existent selon la période de conservation du vin souhaitée. Les bouchons agglomérés, tout d’abord, sont les produits les plus économiques pour fermer une bouteille mais ne sont vraiment efficaces que sur une période maximale de 12 mois. Ils sont donc utilisés pour des vins à consommer très rapidement et fabriqués à partir de granules de liège issus de bouchons naturels et ensuite agglomérés pour prendre la forme souhaitée. C’est bien sûr l’un des produits les moins chers. Pour les vins à consommer dans les deux ou trois ans, on utilisera plutôt un "bouchon technique". Il a une forte capacité de scellement et évitera ainsi l’oxydation prématurée du vin mais aussi son évolution. A ces deux types de bouchons, s’ajoutent les bouchons colmatés dans lesquels les pores naturels du liège sont bouchés avec un mélange de colle et de poudre de liège afin d’en améliorer l’aspect visuel. Ces trois catégories représentaient en 2006 près de 46 % du marché des bouchons en liège mais seulement 26 % en 2016 (Chiffres Diam, mars 2017).

Puis viennent les bouchons micro-agglomérés, fabriqués à base de granules et capables de haute performance. C’est l’un des produits où se concentre la recherche pour lutter contre la TCA. Ce produit est en nette expansion puisqu’il est passé de 7 à 23 % des parts de marché en dix ans.

Puis, le "gros" du marché, les bouchons traditionnels en liège naturel. Ceux-ci sont directement extraits des écorces de liège dans le sens vertical. Ils sont faits d’une seule pièce ou de plusieurs morceaux collés ensemble. Formé en 1870, le groupe portugais Amorim est le premier producteur mondial de liège, avec des activités réparties dans plus de 100 pays. Il domine 35 % du marché sur les 41 % occupés par les bouchons traditionnels, c’est dire son importance. Le groupe investit énormément dans la recherche et a déposé ces dernières années une vingtaine de brevets pour des produits très performants, dont le bouchon à visser dans une bouteille en verre Helix et le tout récent NDtech qui est "le premier bouchon en liège naturel garanti sans TCA relargable", ce qui signifie trop bas que pour être détecté.
Dans le secteur des vins tranquilles, le bouchon en liège occupe 61 % du marché du bouchage, contre 26 % de capsules à vis et 13 % de bouchons synthétiques. (Chiffres Diam)

Cinq à dix bouteilles de vin fermées au liège sur cent étant gâchées par la TCA, la lutte contre le "goût de bouchon" est aussi celle qui est à la base de la création de Diam en 2004, filiale d’Oeneo qui commercialise notamment les barriques Seguin Moreau. Ici, la technique est différente. Le liège est récolté sur les arbres, puis réduit en poudre et purifié avec du CO2 dit "super critique", c’est-à-dire chauffé et compressé pour atteindre un état entre liquide et gaz. Le CO2 passe à travers de molécules de liège et les nettoie de la TCA ainsi que d’une centaine d’autres molécules pouvant modifier le goût du vin. C’est en réalité la même technique qui est utilisée dans l’industrie agro-alimentaire pour récupérer la caféine.

Cette farine de liège est ensuite travaillée et moulée comme un gâteau avec un liant et des microsphères pour boucher les espaces entre les morceaux de liège pendant le moulage et éviter le passage de l’humidité, et ensuite cuite au four pour ressortir sous la forme d’un bouchon pour le vin tranquille ou effervescent. Un produit dont la neutralité sensorielle et le respect des arômes sont garantis, année après année.

Grâce à l’ouverture d’un nouveau site de production dans les Pyrénées, au pied des monts Canigou, et tout récemment en Espagne, Diam a conquis 10 % du marché du liège et produit aujourd’hui plus d’un milliard et demi de bouchons par an. Mais si le bouchon répond aux exigences des vignerons, sa perméabilité trop basse et le polyuréthane utilisé pour l’élaborer sont des obstacles pour certains qui recherchent un produit plus proche de la nature.

Le mois dernier, après dix ans de recherche, Diam a donc lancé un tout nouveau produit "Origine by Diam" où le liant se fait désormais avec de la cire d’abeille et où le polyuréthane de base a été remplacé par de l’huile de ricin. Le tout apportant au bouchon une meilleure élasticité et une meilleure perméabilité et donc une durée de vie plus longue aux vins. Après deux semaines de production, près de 700.000 bouchons ont déjà trouvé acquéreur et pourraient conquérir de nouveaux marchés, surtout aux Etats-Unis.

© Diam

Diam en Belgique: la Bouchonnerie Leclercq
Fondée en 1918, la Bouchonnerie Leclercq est aujourd’hui le dernier centre de finition du bouchon en Wallonie et couvre à elle seule 70 % du marché belge. C’est dans une toute nouvelle usine que Christian et ses deux fils, Cédric et Damien, produisent annuellement plus de 100 millions de bouchons pour le vin tranquille, l’effervescent et la bière et à destination de la Belgique, de la France et du Luxembourg. C’est là que sont imprimés et recouverts de silicone et de parafine les bouchons Diam à destination du marché belge, dont 14 millions de bouchons pour le secteur brassicole (notamment Chimay).
Marc Vanel