XIXe Festival del Habano à Cuba : les nouveautés 2017

Baudouin Havaux, votre espion à la Havane Publié le - Mis à jour le

Essentielle Vino Le XIXe Festival del Habano s’est déroulé à Cuba sur un ton mineur comparé à l’an dernier. Il est vrai que l’édition 2016 avait célébré avec faste le cinquantième anniversaire de Cohiba. Des milliers d’aficionados du cigare qui ne voulaient sous aucun prétexte rater l’hommage à la marque mythique la plus prestigieuse de Cuba avaient effectué le déplacement.

Du lundi 27 février au vendredi 3 mars, comme chaque année à la même époque, Cuba a accueilli les amateurs des meilleures volutes du monde. Plus de 1.200 importateurs, distributeurs, journalistes et aficionados venus de 50 pays ont notamment pu découvrir en primeur et en exclusivité les nouveautés présentées par Habanos SA, la société qui détient le monopole des cigares cubains. Comme tous les produits de luxe, à l’occasion de ce grand show médiatique, les cigares cubains lèvent le voile sur leurs nouvelles collections. Cette année, les projecteurs se sont principalement focalisés sur trois des vingt-sept marques que compte le portefeuille de Habano s.a., H. Upmann, Quai d’Orsay et Montecristo.
C’est dans le cadre de trois somptueuses soirées, hautes en couleurs, lors desquelles rivalisèrent les meilleurs musiciens et danseurs cubains, qu’a été soumise aux palais critiques des invités chacune des nouvelles volutes. On peut comparer cet exercice à la semaine des Primeurs de Bordeaux qui présente en avant-première les vins du nouveau millésime : ici aussi, on présente des cigares qui ne sont pas totalement affinés et qui devront encore attendre plusieurs mois, si pas plusieurs années, avant d’être disponibles sur le marché. On pourrait également les comparer à des prototypes qui n’occupent pas encore les chaînes de production. Il faut donc être prudent avant d’annoncer son verdict, car ces cigares, comme les jeunes vins, doivent mûrir en cave pour atteindre leur plénitude. Ce qui nous amène à répéter le conseil de laisser vieillir vos cigares. A condition bien sûr de pouvoir compter sur un humidor fiable. Si vous ne disposez pas de bonnes conditions de conservation, pas de panique, l’importateur belge Cubacigar s’en charge pour vous. Il conserve avec soin dans ses caves plusieurs années de production.

© H. Upmann

H. Upmann, Sir Winston, Gran Reserva, Cosecha 2011: comme en Champagne, des cuvées millésimées
La première soirée consacrée à la marque H. Upmann, a servi de cadre au lancement de sa première Gran Reserva déclinée sous le nom commercial de Sir Winston. Les séries assez récentes de Grandes Réserves sont de plus en plus populaires. Déjà en 2014, la marque H. Upmann avait initié le concept avec un Reserva n°2 utilisant à l’époque des feuilles de la récolte 2010.
L’initiative de Reserva revient à Cohiba qui lança en 2003 le Cohiba Seleccion Reserva Cosecha 1999. Le concept de Reserva ou Gran Reserva consiste à réaliser en nombre limité des cigares avec des feuilles de tabac millésimées qui ont subi des fermentations successives et une lente maturation pendant plusieurs années. Toutes les feuilles (tripe, sous-cape et cape) qui composent le Sir Winston ont été récoltées en 2011 avant de subir un long processus de vieillissement de cinq ans. Lors de cette longue maturation, les feuilles libèrent des tanins et en résultent des cigares d’une saveur plus ronde, plus douce et plus aromatique.
Sa production est limitée à 5.000 boîtes de 20  unités. D’une saveur douce et d’une puissance moyenne il est dans la continuité de la série des Magnum qui est l’une des meilleures réalisations de la marque. A noter que H. Upmann lancera une autre volute, cette fois en exclusivité pour les Casa del Habano et des Habanos Spécialists, le Connoisseur B (54x150 mm).
Marque : H. Upmann
Nom de sortie : Sir Winston
Nom de Galerie : Julieta N°2
Taille : Cepo 47 (18,65 mm) x longueur 178 mm


© Quai d’Orsay

Quai d’Orsay : le ministère français des affaires étrangères à l’assaut du marché asiatique
Presque oubliée, la marque Quai d’Orsay a été créée spécifiquement pour le marché français en 1973. Facilement identifiable par sa bague dorée, elle n’a jamais joui d’un franc succès au niveau international et a été principalement maintenue pour les éditions régionales. Elle aurait pu disparaître pour toujours si les Cubains n’avaient décidé de lui donner un nouveau souffle. Synthèse du raffinement à la française et du savoir cubain, la marque Quai d’Orsay est appréciée pour son registre particulier de saveurs qui oscillent entre des notes de crème pâtissière, de miel, de noix, et de pain.
A l’origine, la gamme était revêtue d’une cape à la couleur verdâtre, une couleur de cigare à la mode aux Etats-Unis que l’importateur souhaitait introduire en France. Cette pigmentation verte de la cape obtenue par un processus de fermentation accéléré à haute température donnait une légère touche d’acidité au cigare. A noter que la mode n’a jamais pris dans l’Hexagone. Profitant de la reconnaissance des consommateurs asiatiques pour l’art de vie français, les Cubains font le pari de séduire par ricochet le prometteur marché asiatique, notamment par une forte présence dans les boutiques “duty-free” des aéroports français. Deux nouveaux modules présentés, le N°50 et le N°54 en référence à leur “cepo” (diamètre), répondent à la tendance du marché attiré par des modules plus gros et moins longs.
Marque : Quai d’Orsay
Nom de sortie : N°50
Nom de galerie : D N°50
Taille : Cepo 50 x Longueur 110 mm
Marque : Quai d’Orsay
Nom de sortie : N°54
Nom de galerie : Edmundo Grueso
Taille : Cepo 54 x Longueur 135 mm.

Montecristo Linea 1935 monte dans les tours !
C’est lors de la soirée de clôture dans une ambiance musicale cubaine endiablée que la marque Montecristo a présenté ses modules rassemblés sous le nom de Linea 1935, la nouvelle ligne premium de Montecristo. La Linea 1935, qui a pris le nom de l’année de création de la marque légendaire, compte trois vitoles, deux inédites, mais les trois dans une présentation novatrice : Maltès (53 x 153 mm) et Dumas (49 x 130 mm) qui viennent rejoindre Leyenda (55 x 165 mm), un module lancé pour l’édition limitée de 2015 à l’occasion du 80e anniversaire de la marque.

La nouvelle présentation saute aux yeux. Trois bagues ornent les modules : la traditionnelle bague de la marque Montecristo, juste au-dessus de la bague qui identifie la Linea 1935, et, au pied du cigare, une fine bandelette qui garnit élégamment le cigare, mais qui surtout le protège astucieusement. La cape est de couleur claire, et la puissance marque pour la première fois une rupture avec les saveurs moyennes à fortes dégagées par la Linea Classica, Edmundo ou Open. Cette fois, on peut parler d’une puissance résolument forte.

La soirée de gala se termina par la traditionnelle vente aux enchères de six humidores, des œuvres d’art majestueuses, réalisées par des artisans cubains. De tailles imposantes, ces véritables meubles renferment une centaine de cigares exclusivement roulés pour l’occasion. Pour emporter une enchère, il fallait débourser plusieurs centaines de milliers d’euros qui aboutissent dans les caisses du ministère de la santé publique cubain.

Marque : Montecristo
Nom de sortie : Leyenda
Nom de galerie : Maravillas N°2
Taille : Cepo 55 x Longueur 165 mm
© Montecristo

Marque : Montecristo
Nom de sortie : Maltés
Nom de galerie : Sobresalientes
Taille : Cepo 53 x Longueur 155 mm
© Montecristo

Marque : Montecristo
Nom de sortie : Dumas
Nom de galerie : Promiente Corto
Taille : Cepo 49 x Longueur 130 mm
© Montecristo

 
© Montecristo

Visite des plantations : pour comprendre, il faut chausser ses bottes !
Hypnotisés par la grâce des danseuses, assourdis par les notes de salsa et éblouis par tant de paillettes, on oublierait presque que les havanes, produits de luxe par excellence, ne sont que des feuilles mortes, fermentées et enroulées selon un rite ancestral hérité d’indigènes colonisés par Christophe Colomb. Certes, mais on ne parle pas de n’importe quelle feuille de tabac ! Toutes les feuilles proviennent d’une région particulière autour de Pinar del Rio qui jouit d’une appellation d’origine protégée. De l’alchimie entre les plantes, le climat, le sol et le travail des hommes résultent ce tabac particulier. S’il n’existe pas de grands vins sans grands raisins, il en est de même pour les cigares. Pour intégrer la dimension agronomique d’un havane, il faut voyager 180 km au nord-ouest de la Havane, traverser les plantations de tabac, visiter les séchoirs et parler avec les vegeros qui du repiquage à la récolte sont à l’origine des grands havanes.

© BAUDOUIN

Un très long processus !
Du semis à la fermeture de la boîte, plus de 200 opérations réalisées à la main seront nécessaires pour que nous puissions partager un grand moment avec notre havane. Survolons quelques étapes primordiales.
  • La récolte : réalisée en six étapes, elle débute par le bas du plant. Deux à trois feuilles sont cueillies chaque semaine. La force et la concentration des arômes des feuilles de tabac augmentant du bas vers le haut, elles seront triées en fonction des besoins de chacunedes marques.
  • Le séchage : une fois cueillies, les feuilles sont mises à sécher dans les “casas de tabaco”, de hautes granges où les feuilles cousues deux à deux par des femmes aux doigts agiles seront suspendues. Après une cinquantaine de jours, les feuilles se colorient d’une couleur brune dorée. À ce stade, les feuilles sont prêtes pour la fermentation réalisée dans des ballots maintenus à température et humidité contrôlées.
  • Le tri des feuilles : la fermentation terminée, les ballots sont livrés aux fabriques majoritairement situées à La Havane. Là, les feuilles seront aspergées d’eau pour leur rendre de la vitalité, puis triées avant d’être confiées aux despalilladores chargés d’enlever la nervure centrale.
  • Le roulage : lorsque les feuilles atteignent enfin la table du torcedor, elles sont prêtes à être transformées en véritables havanes. L’ouvrier réalise d’abord la tripe à base d’un mélange de trois sortes de feuilles, ligero, seco et volado. Il l’enroule ensuite dans la sous-cape pour former un bâtonnet, coupe ses extrémités et le place dans une presse pour lui donner le calibre souhaité. Vient enfin le moment de l’application de la cape.
  • Le contrôle et la classification par couleur : un contrôle minutieux du format et du tirage des cigares est réalisé, avant qu’ils ne soient triés par couleurs (on distingue 65 nuances) par les escogedors. Enfin, ils seront bagués et placés méticuleusement dans leurs boîtes.
Baudouin Havaux, votre espion à la Havane