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Affaire Bettencourt: Eric Woerth chez le juge pour une probable mise en examen


Mis en ligne le 08/02/2012 à 06h32

BORDEAUX (AFP)


L'ancien ministre Eric Woerth doit être mis en examen mercredi à Bordeaux, soupçonné d'avoir perçu de la milliardaire Liliane Bettencourt, en tant que trésorier de l'UMP, des sommes excédant largement le plafond légal pour financer la campagne présidentielle de 2007.
Il devrait aussi être mis en examen pour abus de faiblesse : en effet, une expertise médicale réalisée sur Mme Bettencourt en juin dernier a montré que, depuis septembre 2006, la milliardaire âgée de 89 ans souffre de problèmes cérébraux, ce qui entache de doute sa volonté réelle dans la plupart de ses actes depuis cette date.
M. Woerth, évincé en novembre 2010 du gouvernement à cause de cette affaire, a été mis en cause par l'ancienne comptable des Bettencourt, Claire Thibout.
Celle-ci a raconté à la police en juillet 2010 comment l'ancien homme de confiance de Mme Bettencourt, Patrice de Maistre, patron des sociétés chargées de gérer la fortune de la milliardaire, lui aurait demandé en janvier 2007 de lui apporter 150.000 euros en liquide qu'il comptait donner à M. Woerth, pour, avait-elle supposé, la campagne de Nicolas Sarkozy.
Elle n'avait pu apporter que 50.000 euros, qu'elle avait donnés à Mme Bettencourt qui les avait remis à M. de Maistre. Les faits se seraient passés le 18 janvier 2007, avant un rendez-vous de M. de Maistre avec M. Woerth le 19, soutient la comptable, les agendas corroborant en partie ces données. Selon Mme Thibout, par ailleurs, M. de Maistre lui avait dit "C'est bien pratique d'avoir des comptes en Suisse", ce qu'elle avait interprété comme le moyen trouvé par ce dernier de se procurer 100.000 autres euros destinés à M. Woerth.
Tant ce dernier que M. de Maistre ont toujours démenti les allégations de Mme Thibout.
Interrogé par la police le 29 juillet 2010 dans son bureau du ministère du Travail, M. Woerth a présenté M. de Maistre comme "un homme avenant", avec lequel il a "des relations sympathiques", mais dont "on ne peut pas dire que ce soit un ami", quoiqu'il soit intervenu pour que M. de Maistre obtienne la Légion d'Honneur, et que M. de Maistre ait embauché sa femme Florence.
M. Woerth a déclaré à la police avoir rencontré M. de Maistre en septembre 2006, à la demande de celui-ci, qui souhaitait "aider personnellement l'UMP" et savoir comment les Bettencourt pouvaient aussi "aider l'UMP et l'action de Nicolas Sarkozy". "J'ai pu lui dire que dans un couple, chaque conjoint peut apporter jusqu'à 7.500 euros", a indiqué M. Woerth, assurant que les Bettencourt se sont ainsi conformés au maximum légal et que M. de Maistre ne lui a "jamais donné aucune somme en liquide, aucune enveloppe".
M. de Maistre a nié de la même manière, soulignant aussi quelques contradictions dans les témoignages de Mme Thibout. Cependant, selon un proche du dossier, le juge Jean-Michel Gentil, qui a enquêté en Suisse après les propos prêtés par Mme Thibout à M. de Maistre, "semble avoir trouvé des choses intéressantes".
Trois personnes ont déjà été mises en examen en décembre pour abus de faiblesse : l'ami de l'héritière de l'Oréal François-Marie Banier, le compagnon de celui-ci Martin d'Orgeval et Patrice de Maistre.
L'annonce de la convocation de M. Woerth, à deux mois de l'élection présidentielle, a fait sensation la semaine dernière dans la presse ("Woerth sur le grill, ça chauffe pour Sarkozy", a ainsi titré Libération) plus que dans les milieux politiques, qui ne l'ont pas commentée.
Pour un proche du dossier, cependant, ce calendrier montre que le juge Gentil, qui mène depuis décembre 2010 son instruction complètement à l'abri des médias, "n'a l'intention de s'en laisser compter par personne".

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