Les dents du dessous

Cet été, nos poireaux n’ont pas souffert de la chaleur après leur repiquage. Les jeunes plants n’ont donc pas tardé à poursuivre leur croissance. La récolte s’annonce généreuse, mais la partie n’est pas encore gagnée.

Luc Noël

Les campagnols peuvent toujours survenir. Au moins une fois par semaine, de passage au potager, je passe les poireaux en revue. Comme un sergent qui inspecte ses troupes, je tire sur l’un ou l’autre légume au garde-à-vous. C’est parfait : jusqu’à présent, tous ont résisté.

L’année dernière, il n’était pas nécessaire de tirer sur les poireaux pour savoir s’ils avaient encore un dessous. Un coup d’œil suffisait pour déterminer l’emplacement du front. Là où les grignoteurs en galeries étaient déjà passés, les poireaux ne subsistaient plus que par leurs feuilles flasques piquées en terre. Le reste avait disparu dans les entrailles du sol. Combien de rongeurs étaient-ils rassemblés pour consommer aussi vite tant de masse végétale? Dans un jardin et ses alentours, la population de campagnols peut atteindre trois mille individus à l’hectare!

Cet hiver, ce ne sont pas les sachets de grain empoisonné poussés dans les galeries principales qui ont permis cette disparition. Encore moins mon palmarès de piégeur se limitant à un seul malheureux rongeur. Après avoir pullulé, nos campagnols sont simplement en déclin. Cette fluctuation des populations est naturelle. Après une période de forte densité, les rongeurs se font plus rares pour ensuite se multiplier à nouveau. Les scientifiques n’ont pas encore établi tous les facteurs de ce cycle mais ils en connaissent bien le rythme. La période d’accalmie dure de deux à quatre ans. Soyons optimistes: nos récoltes de poireaux seront bonnes jusqu’en 2005!

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