Le charme discret des produits cultes

Phénomène d'identification, il y eut jadis le savon des stars, la crème de beauté préférée de la «high society». Aujourd'hui, Julia Roberts, Sharon Stone, Jeanne Moreau, Courtney Cox et Jennifer Jones, d'un même produit de soin régénérant, avouent ne plus pouvoir se passer. Et Silvester Stallone lui-même, pensez donc

JANOU COLLEYE

Phénomène d'identification, il y eut jadis le savon des stars, la crème de beauté préférée de la «high society». Aujourd'hui, Julia Roberts, Sharon Stone, Jeanne Moreau, Courtney Cox et Jennifer Jones, d'un même produit de soin régénérant, avouent ne plus pouvoir se passer. Et Silvester Stallone lui-même, pensez donc

EXPLOSION

L'histoire rapporte que la naissance de cette «Crème de la Mer» (la dénomination s'est voulue française), dite régénération intense, est due à un ingénieur de la Nasa, Max Huber, défiguré dans les années 50 par l'explosion de combustibles de fusée. Comme les traitements et remèdes n'arrivaient pas à lui refaire le visage d'avant, il se construisit un petit labo et, au terme de douze années de recherche, de 6.000 expériences, finit par mettre au point, tout seul, le produit miracle.

Pour lui, ce fut enfin la chance d'une parfaite cicatrisation. Bientôt, des hôpitaux commencèrent à y avoir recours en phase post-opératoire. Mais, pour le père de la «Crème de la Mer», ce fut également l'amorce d'une production cosmétique nouvelle, à une échelle qu'il entendit curieusement maintenir en son état artisanal, manuel, limité à 5.000 pots par an. Des pots qu'un cercle restreint de femmes fortunées allaient quasi confidentiellement découvrir dans des boutiques de luxe.

Max Huber est mort au début des années 90. Les récipients toutefois demeurent, plus nombreux, sous l'appellation d'origine toujours et sans autre marque, même si c'est Estée Lauder qui a repris la petite entreprise, percé les secrets bien gardés du procédé et continué à remplir les pots comme il y a trente-six ans: à la main, le jour même de la fabrication. Apparue voilà cinq ans à New-York, chez Neiman Marcus et Saks Fifth Avenue, l'innovation à 4.800 FB les 30 millilitres, prix indicatif, vient de faire ces dernières semaines son entrée dans quelques premières parfumeries de Belgique.

Elles étaient nombreuses, celles qui, à chaque minitrip à Paris, la marquaient d'une croix sur la liste des achats à rapporter. Or, voici que Nuxe à son tour arrive chez nous, gamme à base d'aromathérapie et de phytothérapie, à laquelle Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, Sandrine Kiberlain, Carla Bruni et quelques autres auront apporté le label personnel de leur adhésion. Visage, corps et cheveux, la ligne s'est imposé des formulations strictement naturelles, bien dans l'air du temps: sans matière animale, ni huile minérale, ni colorant, et testée sous contrôle pharmaceutique.

DEUX SOEURS

De cette production française, deux soeurs ont pris la destinée en main: Aliza Jabès, diplômée sciences politiques et MBA, et Terry de Gunzburg, longtemps responsable du secteur maquillage d'Yves Saint Laurent. Dans la filière, deux produits phares ressortent tout particulièrement: une «Crème fraîche de beauté», la première visage et corps à tirer de laits végétaux son pouvoir d'énergie et d'hydratation, déjà vendue en France toutes les cinq minutes, et le best-seller, l'«Huile prodigieuse» visage, corps et cheveux, qui conjugue les huiles de bourrache, d'amandes douces, de camélia et de millepertuis pour tout à la fois nourrir la peau, l'hydrater, la régénérer, la protéger, avec d'ailleurs pour l'été une version «or».

Est-ce la publicité discrète, celle des conseils colportés entre amies, ou plus voyante, celle d'actrices et de top models en confidence dans les pages des magazines? Il est de ces recettes innovantes qui, quasi confidentielles au départ, se développent en phénomène de progressif et, dans les meilleurs des cas, de durable engouement. On peut alors parler de produits cultes.

© La Libre Belgique 2001


Orage et faisceaux de lumière Atteint des plus graves brûlures chimiques au visage et aux yeux au cours d'une manipulation de combustibles à la Nasa, Max Huber eut un jour l'idée d'associer les vertus du varech et celles des vitamines pour en faire le remède dont il avait désespérément besoin. Récoltées en hiver par trois mètres de fond le long du littoral californien, les algues fraîches sont riches en minéraux. Elles possèdent des propriétés singulières pour stimuler la croissance des cellules et leur régénération. Sans parler de leurs exceptionnelles qualités hydratantes. Les pêcheurs qui les ramassent le savent bien: leurs mains, loin d'être crevassées au contact de l'eau de mer, en ressortent plus lisses et soyeuses que jamais. A quoi s'ajoute l'effet antioxydant de la composition, dû à la présence d'écorce de citron vert fermenté, dont le zeste aura été mis à macérer trois mois durant dans de la vodka. Ce qui, dans la processus de fabrication de sa «Crème de la Mer», fera toute la différence, ce sera la technologie de la biofermentation à laquelle le nom de Huber reste attaché. Contrairement aux autres produits de soin généralement soumis aux hautes températures et aux fortes pressions, lui met en ouvre de basses températures et arrive ainsi à préserver l'intégrité organique, mieux: à la renforcer. L'inventeur américain ne se sera pas arrêté là. Il aura eu recours à l'utilisation de faisceaux lumineux jouant les catalyseurs pour rendre les extraits plus actifs encore, de même qu'à la «sonochimie», exploitant le son des bactéries qui se multiplient, «pareil au grondement d'un orage qui se rapproche» et qu'on a parfois comparé au phénomène de la musique classique lorsque, dans le ventre de la maman, elle paraît favoriser le développement du bébé. Dans un produit miracle, ne faut-il pas nécessairement une part de magie? © La Libre Belgique 2001