Dumay en juré: un accident

Parmi les grands noms du jury du Concours de cette année, la présence du violoniste français Augustin Dumay est incontestablement une surprise. Il n'est en effet pas familier de l'exercice

Parmi les grands noms du jury du Concours de cette année, la présence du violoniste français Augustin Dumay est incontestablement une surprise. Il n'est en effet pas familier de l'exercice.

- Pourquoi avez-vous accepté d'être dans le jury?

C'est un accident. Habituellement, je fais mien le mot de Debussy - les concours, c'est pour les chevaux - ou l'avis de Radu Lupu, qui voit dans les concours la pire des obscénités musicales. J'ai donc refusé au moins quinze fois de siéger dans des jurys. Ici, j'ai parlé avec les gens du Concours Reine Elisabeth qui m'ont dit nous avons besoin de gens comme vous, de gens qui ont une autre ligne et pensent autre chose". Et ils m'ont convaincu que je pouvais apporter un autre regard, une autre écoute, un point de vue plus prospectif.

- Plus prospectif en quoi?

Un musicien ne doit pas seulement jouer brillamment. Il peut avoir des trésors cachés en lui, et c'est cela que j'aime rechercher. Quand je donne des masterclasses, j'essaie de choisir des gens très jeunes et très doués et de les amener sur des routes différentes. Trop souvent, les jeunes violonistes admirent, à raison, le succès, mais ils essaient de l'imiter et ce conformisme gomme leurs spécificités.

- Vous avez eu Arthur Grumiaux comme maître. Son enseignement allait-il dans ce sens?

Plus les années passent, plus ce qu'il m'a appris remonte à la surface comme les choses essentielles. Ou comme un vin dont les composantes apparaissent au fur et à mesure qu'il vieillit. Quand j'étais très jeune, il me semblait incroyablement classique, je me sentais plus attiré par des violonistes plus romantiques comme Stern. Aujourd'hui, je me sens plus proche de lui, sans qu'il y ait là-dedans quelque idée de reproduction - ce serait la négation de la musique, mais de façon subconsciente. Grumiaux a été un peu mon psychanalyste.

- On vous a connu comme gloire du petit écran sous Chancel. Vous semblez très éloigné de cette image aujourd'hui

La médiatisation des années 80 était dangereuse. Tout artiste vit une dualité entre l'exposition sur la scène et le travail de laboratoire intérieur. Le passage de l'un à l'autre est difficile, il fait souffrir, mais on apprend tout doucement à réunir les deux. (N.B.)

© La Libre Belgique 2001

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