Les souvenirs de Vadim Repin, l'Elvis de Novossibirsk

On n'a pas oublié ce jeune homme de dix-sept ans un peu timide, au look d'Elvis de Novossibirsk, qui remporta l'édition 1989 du Concours Reine Elisabeth. Aujourd'hui, Vadim Repin enregistre pour Erato et est un des grands noms de la scène internationale. Mais il n'a pas oublié cette aventure.

Les souvenirs de Vadim Repin, l'Elvis de Novossibirsk
©WARNER
PAR NICOLAS BLANMONT

ENTRETIEN

On n'a pas oublié ce jeune homme de dix-sept ans un peu timide, au look d'Elvis de Novossibirsk, qui remporta l'édition 1989 du Concours Reine Elisabeth.

Aujourd'hui, Vadim Repin enregistre pour Erato et est un des grands noms de la scène internationale. Mais il n'a pas oublié cette aventure.

Quand j'ai gagné le Concours, j'étais comme sur un nuage. Mais je me suis rendu compte que, s'il avait déjà été très difficile d'arriver à cette victoire, il était encore plus difficile de se maintenir à ce niveau et, même plus, de progresser.

Quel est votre meilleur souvenir de la session de 1989?

Une panne de cerveau! La veille de mon passage en finale, j'ai joué au ping-pong avec d'autres finalistes jusqu'à deux heures et demi du matin. Je ne me rendais pas compte de l'heure: je gagnais, donc je restais à la table. C'était une formidable partie, nous nous amusions beaucoup, mais les autres, eux, ne passaient que trois ou quatre jours plus tard. Il y avait déjà eu vingt jours de stress, et mon cerveau s'était purement et simplement déconnecté. Soudain, j'ai pris conscience de l'heure, de ma finale du lendemain, et je me suis mis à travailler mon instrument jusqu'à six heures du matin.

Et votre pire souvenir?

La première note que j'ai jouée en éliminatoires. J'étais si nerveux de jouer Bach que, quand je suis arrivé au Conservatoire, j'ai eu le sentiment que je n'avais jamais joué du violon de ma vie, de devoir faire quelque chose que je n'avais jamais fait. Pour aborder la sonate en la mineur, j'ai tout décomposé dans ma tête: prépare ta main gauche, pose ta droite sur l'archet. La première note fut une catastrophe, pire encore que si c'était seulement faux, mais je la ressentis comme un choc électrique qui débloqua tout. Aujourd'hui que j'ai plus d'expérience, je suis capable de contrôler le trac et la nervosité, mais ce n'était pas le cas alors.

Vous pensiez votre victoire possible en arrivant?

Oui, absolument. C'était mon but, c'était mon souhait, je devais le faire. C'est pour cela que j'étais venu, c'était une chance que je devais saisir. Je travaillais mon instrument huit heures par jour, je ne sortais de ma chambre que pour prendre un peu de nourriture, tout était centré sur le violon.

Y a-t-il des concertos plus adéquats que d'autres pour gagner un tel concours?

Le meilleur concerto est celui dans lequel vous vous sentez le plus en confiance. Quand j'avais dix-sept ans, c'est dans le concerto de Tchaïkovski que je me sentais le plus à l'aise, et c'est en outre une très belle oeuvre. Quand je préparais le concours avec Zakhar Bron, mon professeur, nous n'avons jamais discuté de statistiques, en cherchant à savoir avec quel ou quel concerto les lauréats précédents l'avaient emporté: notre seule préoccupation était que je joue mon programme le mieux possible.

Vous aviez déjà, à onze ans, tenté un autre concours

Oui, le Concours Wieniawski. C'était mon premier essai pour être remarqué: je suis allé en Pologne, et j'ai eu la chance de gagner tous les prix que je pouvais gagner là-bas. J'étais très fier, mais cette victoire fut facilitée par mon jeune âge: ce n'était que de l'amusement. Quand, à quinze ans, nous avons conçu le plan que j'aille à Bruxelles, parce qu'il n'y a rien de mieux ou de plus prestigieux pour le violon, je donnais déjà des concerts, mais j'ai voulu faire avant un autre concours, le Tibor Varga que j'ai gagné.

© La Libre Belgique 2001

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