«La chambre du fils» ou le deuil d’un enfant

Déjà couronné en Italie de l’équivalent de trois César, dont celui du meilleur film, Nanni Moretti revient pour la quatrième fois à Cannes avec «La chambre du fils», un film sur la mort d’un enfant et la douleur du deuil, un thème récurrent dans un festival à l’atmosphère sombre.

Déjà couronné en Italie de l’équivalent de trois César, dont celui du meilleur film, Nanni Moretti revient pour la quatrième fois à Cannes avec «La chambre du fils», un film sur la mort d’un enfant et la douleur du deuil, un thème récurrent dans un festival à l’atmosphère sombre.

Dans la course à la Palme d’or, décernée dimanche, alors que la ligne d’arrivée approche, le réalisateur italien de «Journal intime», déjà prix de la mise en scène (1994), figure parmi ceux qui devraient toucher la corde sensible d’un jury en quête d’émotions. A l’affiche le même jour, «Quelle heure est-il?», l’hommage du taiwanais Tsai Ming-liang à François Truffaut, évoque la mort d’un père.

«La chambre du fils» (La stanza del figlio), dont la sortie sur les écrans français coïncide avec la présentation à Cannes, est l’histoire d’une famille heureuse et sans histoires à Ancône, un petit port du nord de l’Italie, un couple, Paola (Laura Morante) et Giovanni (Moretti), et deux enfants adolescents, Irène et Andrea.

Le film est construit en trois chapitres: le bonheur sans nuages, la perte brutale et l’apprentissage du deuil. Giovanni est psychiatre (Moretti lui-même). Homme à la vie bien réglée, il fait son jogging tous les matins du côté du port et, de temps en temps, accompagne Andrea au foot ou Irène au basket.

Et puis, par un dimanche ensoleillé, Oscar, un de ses patients, atteint d’un cancer, l’appelle. Au lieu d’aller courir avec son fils, Giovanni se porte au secours d’Oscar tandis qu’Andrea part faire de la plongée avec des copains. Il n’en reviendra pas.

Le père est désormais obsédé par l’idée que le destin aurait pu être différent s’il n’avait pas répondu à cet appel. Accablé par un sentiment de culpabilité, il refait sans cesse dans sa tête ce qui aurait pu être... Paola se raccroche désespérément à ce qui faisait la vie de son fils comme à une bouée de sauvetage, à la lettre d’une amie arrivée après sa mort. A travers l’adolescente, la mère essaie de retrouver un peu d’Andrea, avec les secrets et les engouements de son âge...

Avec un réalisme brutal, Nanni Moretti montre la cruauté de la séparation, le bruit terrifiant des écrous qu’on visse dans le bois du cercueil, celui du fer à souder, que le père essaie d’oublier dans le bruit et le tourbillon d’une fête foraine, en quête de sensations fortes pour noyer sa peine. Envahi par son chagrin, le psychanalyste ne peut plus écouter les douleurs des autres.

Dans la troisième partie, sans doute la plus réussie, Paola et Giovanni, que la perte d’Andrea a séparés, commencent tout doucement à faire leur travail de deuil au cours d’un voyage qui les laisse à la frontière française, au bord de la mer.

Dans ce mélo assez pudique, Nanni Moretti, moins narcissique et nombriliste que d’habitude (bien qu’il soit omniprésent), renonce à sa propre introspection pour aborder un thème universel, servi par Laura Morante en Madonne tragique. (AFP)

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