Que sont devenus les gendarmes?

R.P.

La commission d'enquête parlementaire «Dutroux, Nihoul et consorts» avait épinglé une dizaine de gendarmes, cinq étant plus particulièrement visés, en juin 1998.

Le major Daniel Decraene, chef de la cellule «disparitions» de l'ancienne gendarmerie, au sein du BCR (Bureau central des recherches), d'abord. Selon la commission, il a entamé une enquête en juillet 1995 à l'insu du juge d'instruction chargé du dossier Julie et Melissa, Martine Doutrèwe. Il a aussi organisé des réunions en août sans lui transmettre les informations.

Le commandant Jean-Pol Legros avait été l'organisateur des opérations «Decime» et «Othello» (la surveillance de Dutroux, en 1994 et en 1995). La première a, selon les commissaires politiques encore, été mal exécutée, ses résultats n'ont pas été repris dans un dossier répressif; quant à la seconde, le juge n'en ayant pas été prévenu, il s'est agi d'une enquête parallèle; enfin, les informations relatives à Dutroux ont été échangées sous forme de notes ou de fax, mais pas consignées sur PV. Le commandant Didier Schot (gendarmerie de Charleroi) partage cette responsabilité.

Non-lieu

L'adjudant Jean Lesage, de la BSR (Brigade de surveillance et de recherche) de Seraing, a tôt participé à la recherche de Julie et Melissa. Mais, pour les commissaires toujours, il n'a pas établi de PV au sujet d'informations essentielles. D'autre part, il aurait dû tenir des «carnets de notes concernant les affaires judiciaires et de les conserver pendant 20 ans». Enfin, la commission Verwilghen vise le maréchal des logis-chef René Michaux, responsable à Charleroi des opérations de terrain et qui a mené la perquisition du 13 décembre 1995, sans découvrir Julie et Melissa. Il a omis, au point de vue réglementaire, de consigner des informations essentielles concernant «Othello» sur PV. Ses perquisitions ont de surcroît été mal organisées, pensent les commissaires.

La commission a-t-elle eu raison? Avec le recul, beaucoup ont analysé différemment les dysfonctionnements, évoquant plutôt des défauts structurels.

La méthode aussi fut critiquée, parfois en direct. Rendant compte de la 8e comparution de M.Michaux, le plus emblématique, devant la commission, le 3 décembre 1997, notre confrère du «Soir» visait par exemple «une telle virulence et même une telle hargne», chez M.Verwilghen, qu'on en venait à vouloir «prendre parti pour le serf Michaux».

Toujours est-il que, en pratique, les sanctions, filtrées par des avis - des bagarres! - de conseils d'enquête, de discipline, d'Etat, de ministres, etc., vont s'avérer sans grand effet ou sans fondement légal, donc annulées.

Le commissaire divisionnaire Decraene est devenu directeur des opérations judiciaires pour la gestion des informations, à l'état-major de la Police fédérale. Il gère notamment les informateurs. Le commissaire divisionnaire Legros est pour sa part chef de la zone Florenne-Walcourt de la police locale. Le commissaire divisionnaire Schot est détaché au Shape. Le commissaire Lesage dirige la section «hold-up» au SJA (Service judiciaire d'arrondissement) de Liège.

M.Michaux, souffrant d'une maladie qui n'a rien de diplomatique, n'est plus au service actif mais y est resté longtemps, conservant dans les faits les responsabilités qui lui avaient été officiellement retirées. Il a été rétabli dans son grade (et même promu d'un niveau). Une plainte formulée en 2000 contre lui et deux collègues (MM.Jean Lesage et Valère Martin, ce dernier étant pensionné) par l'avocat des parents Russo et Lejeune, Me Victor Hissel, s'est soldée par un non-lieu (en 1re instance, confirmée en appel à l'automne 2003).

© La Libre Belgique 2004