Monsieur Dico

PAR JACQUES MERCIER

Le baxter

«Un très cordial salut du Texas!» nous est envoyé par Janine Randal, originaire de Bruxelles, qui vit à Montgomery aux Etats-Unis. Elle y enseigne le français au niveau universitaire. En ce moment, c'est le mot «baxter» qui est au centre des débats. Le Baxter est la marque déposée et désigne, en Belgique, la perfusion ou le flacon utilisé pour celle-ci. C'est le «goutte-à-goutte» des Suisses. Un vrai belgicisme puisqu'il est également utilisé en flamand à la place de «infuus» et «infuusfles». Il semble que le mot ait été introduit au moment de la guerre et gardé chez nous et au Québec. Il trouve son origine dans l'activité de la société Baxter. Elle fut créée aux Etats-Unis en 1931 par Donald Baxter: la «Don Baxter Intravenous Products Corporation». En 1937, au Canada, naissent les Baxter Laboratories of Canada. En Allemagne aussi Baxter AG est pionnière dans la thérapie de dialyse. Et en Belgique, trois unités, situées à Nivelles, Lessines et Ixelles, proposent la thérapie intraveineuse. Marcel Thiry a utilisé le mot «baxter» dans ses poèmes et cela a fait couler beaucoup d'encre. Les spécialistes s'en sont donnés à coeur joie: «Le mot famine, le mot perdue, / Barges d'assaut chassant marée au grand six-juin / Pour talonner les grèves dominantes, / Le mot malheur, le mot baxter / (haut fixé en fanal noir-pourpre sans lumière / Sur les vaisseaux des lits d'agonisantes)...» Ce sont des vers extraits de «Festin d'attente» édité en 1963. Toujours est-il qu'il n'est pas repris dans les dictionnaires usuels européens, sauf au Québec et on comprend dès lors pourquoi l'auteur de «Toi qui pâlis au nom de Vancouver» l'a utilisé!

© La Libre Belgique 2004