Du froid des Fagnes au soleil de Cannes

Première mondiale,à la Semaine de la critique, de «Calvaire».Un thriller fantastique belge avec Laurent Lucas et Jacky Berroyer.S'il est un film qui pourrait faire parler de la Belgique cette année sur la Croisette, c'est «Calvaire» de Fabrice du Welz. Premier film de l'animateur de Canal + («Fabrice fait son cinéma», «Kulturo»), «Calvaire» plonge le spectateur dans le cauchemar vécu par Marc (Laurent Lucas), chanteur itinérant séquestré dans un hameau ardennais par Bartel (Jacky Berroyer, en contre-emploi), un aubergiste désespéré par la disparition de sa femme.

ALAIN LORFÈVRE

ENTRETIEN

S'il est un film qui pourrait faire parler de la Belgique cette année sur la Croisette, c'est «Calvaire» de Fabrice du Welz. Premier film de l'animateur de Canal + («Fabrice fait son cinéma», «Kulturo»), «Calvaire» plonge le spectateur dans le cauchemar vécu par Marc (Laurent Lucas), chanteur itinérant séquestré dans un hameau ardennais par Bartel (Jacky Berroyer, en contre-emploi), un aubergiste désespéré par la disparition de sa femme.

Après deux courts métrages, «Les folles aventures de Thierry Vanhoost» (1997) et «Quand on est amoureux, c'est merveilleux» (1999) (grand prix du court métrage au festival du film fantastique de Gérardmer en 2001), Fabrice du Welz a donc les honneurs, à 31 ans, d'une première sélection à Cannes. Un cas de figure qui rappelle un peu celui de «C'est arrivé près de chez vous» en 1992. Coïncidence ou bon signe: «Calvaire» est produit par La Parti Production, dont l'un des cofondateurs, Vincent Tavier, était déjà présent sur le plateau et dans les coulisses du film qui révéla Benoît Poelvoorde.

Vous vous attendiez à cette sélection?

On désire forcément toujours quelque chose comme ça. Mais c'est totalement inespéré. Les gens de la «Semaine...» ont visionné une version non définitive du film. Et ils ont dit qu'ils le prendraient même dans l'état dans lequel il était. On s'est demandé si on le présentait malgré tout ou non. Mais aller à Cannes, ça ne se refuse pas! S'est ensuite posée la question de savoir si, techniquement et humainement, il était possible de le finaliser dans les temps.

Avez-vous dû faire des concessions pour le finaliser?

Non. C'est vraiment le film tel que je l'espérais. Il y a juste quelques détails au niveau du son que j'aurais améliorés.

Quelle est l'origine du scénario ?

Avec Romain Protat, le scénariste, on avait une idée dès le départ, celle du gars esseulé qui prend, dans un délire, un autre homme pour sa femme disparue. Il n'y avait aucune connotation sexuelle là-dedans, plutôt l'idée d'un transfert irrationnel de son amour insatisfait et de sa solitude sur un quidam. Et puis, on a complété cette idée en se disant que ce serait intéressant si tout un village succombait à cette folie, de façon complètement surréaliste.

DE TRAVERSE.»

Cela vire au thriller fantastique.

Le film est très codifié. C'est un film de genre mais tourné de manière très réaliste, avec des éclairages au couteau. C'est très sec, très épuré, presque minimaliste. C'est comme prendre les codes du film de genre et les mettre à mal. C'est un film violent, mais pas de façon explicite ou voyeuriste; on s'attarde sur le processus de la violence. C'est une farce.

Premier bilan de ce premier film?

Positif. J'ai envie de recommencer demain ! Le plus difficile a été d'arriver au premier jour de tournage. Le financement a été laborieux. Je suis d'autant plus heureux que Cannes vienne ponctuer ce parcours.

C'est difficile de financer un film de genre en Belgique?

L'art majeur en Belgique, c'est quand même le cinéma social. Si tu ne fais pas ça, tu n'obtiens rien, ou difficilement. Dans certaines commissions, tu es pratiquement ignoré.

Il y a pourtant une dimension sociale dans «Calvaire».

Vaguement, en sous-texte, mais ce n'est pas le but. Je n'ai pas envie de faire du cinéma pour délivrer de message. Je veux un cinéma de cinéphilie, de plaisir. On manque un peu d'audace à cet égard. Attention : je ne dis pas qu'il ne faut pas de films comme ceux des Dardenne, mais il faut autre chose. Laissons les cinéastes prendre des chemins de traverse.

Prendre des risques...

On n'a plus droit à l'erreur. Si ton premier film n'est pas un carton, tu dois attendre cinq ans avant le deuxième. On assure les arrières. Pourtant, si tu veux exister face à des films américains qui déboulent avec 500 copies, tu dois faire un film choc. Ou alors tu deviens un cinéaste maudit et tu prends ton mal en patience.

Votre famille cinématographique, où la situez-vous?

J'aime tous les cinémas, de la série Z à Ozu. J'aime le cinéma s'il est inventif et inspiré. Je n'ai pas de famille à proprement parler, mais il y a des gens avec qui j'ai envie de travailler, comme Vincent Tavier, mon producteur, avec qui on s'est trouvé. Il m'a entendu à un moment difficile, m'a accueilli, c'est important.

Combien de temps a duré le tournage de Calvaire ?

35 jours, en Belgique et au Luxembourg, avec une équipe motivée et dans des conditions difficiles puisqu'on a tourné en hiver, dans les Fagnes. C'est un paysage incroyable totalement ignoré du cinéma belge, à part un film de Delvaux. C'est dingue ! Le temps, c'est le luxe. Moi, je voulais faire des plans avec des grues. Vincent m'a dit «OK, mais tu n'auras pas de temps». On a fait les plans avec les grues, mais on a dû speeder. Tu as le compteur qui tourne et tu dois aller droit au but.

Sortie prévue sur les écrans belges d'ici la fin de l'année.

© La Libre Belgique 2004





   LIENS PUBLICITAIRES
   
   

"Ascenseurs - Nouvelles exigences de sécurité de l'A.R. du 09/03/2003"

Pour faire un peu de sport certaines personnes empruntent l’escalier plutôt que l’ascenseur. C’est bien ! Il n’empêche, nous passons chaque année, plusieurs heures dans les ascenseurs et trouvons normal que les 75.000 appareils du parc belge nous conduisent, en toute sécurité, aux étages voulus.


lalibre.be ne peut être tenue responsable du contenu de ces liens.