L'irrésistible ascension d'un Robin des bois des médias

Michael Moore est né à Flint dans le Michigan voici 50 ans. Aux Etats-Unis, cette ville est connue pour être le berceau originel de General Motors. Le puissant constructeur automobile y est tout à la fois le coeur et les poumons de la cité.

FERNAND DENIS

ENVOYÉ SPECIAL À CANNES

Michael Moore est né à Flint dans le Michigan voici 50 ans. Aux Etats-Unis, cette ville est connue pour être le berceau originel de General Motors. Le puissant constructeur automobile y est tout à la fois le coeur et les poumons de la cité.

Mais au milieu des années 80, Roger Smith, le président de GM, décide de fermer les usines pour tout délocaliser au Mexique. En bagarre avec la direction de son journal alternatif à San Francisco, Moore revient à Flint où, avec l'argent de ses indemnités de départ, il entreprend un documentaire sur sa ville. Comme il n'a aucune notion cinématographique, il se fait aider par un ami documentariste qui tient la caméra. Toutefois, il n'en fait qu'à sa tête. A commencer par se mettre en scène dans ce qui tient d'une sorte de quête impossible: rencontrer le patron de GM, Roger Smith. Du siège social de la société au club privé du businessman en passant par l'assemblée des actionnaires; Moore va d'échec en échec. Le sujet peut paraître bien futile, mais il s'agit en quelque sorte d'un fil conducteur, d'un running gag dans le portrait d'une ville qui implose. En moins de temps qu'il n'en faut à Michael Moore pour rencontrer Roger Smith, la cité se dégrade au point de devenir la pire des Etats-Unis.

Et Michael Moore d'emballer sa démonstration avec un montage parallèle final choc montrant l'édifiant discours de Noël de Roger Smith d'une part et les huissiers débordés de Flint jetant femme et enfants à la rue d'autre part.

Acheté par Warner Bros, «Roger and me» va rapporter 25 millions de dollars en 1989, du jamais vu pour un documentaire. Ensuite «Canadian bacon», son seul film de fiction, «The awfull truth» son show télé, «The big one» sorte de remake de «Roger and Me» sur la mondialisation - dont Phil Knight, le patron de Nike fera les frais -, vont asseoir sa réputation de contestataire, de provocateur, de subversif, de gauchiste. En 2002, «Bowling for Columbine», primé à Cannes, lui vaut un succès colossal et une popularité planétaire. Partant de la terrible tuerie au collège de Columbine, Michael Moore s'interroge «Pourquoi les Américains s'entretuent-ils plus que n'importe quel peuple au monde?». Et de proposer un aller simple à l'intérieur du cerveau de la nation la plus armée, la plus paranoïaque. Et de montrer aussi à qui profite cette peur, cette violence, ce délire?

Un documentaire sur le commerce des armes n'a rien d'original. Pourquoi celui de Michael Moore connaît-il dès lors un tel succè? Certes, Moore sait mener une enquête, il est obstiné en interview, son regard est acéré, il a un culot monstre. Mais ce qui fait sa force, c'est sa façon d'installer une forte complicité avec le spectateur. Jouant tout à la fois de son physique américanisme - obèse avec la casquette de base ball -, de son sens de l'humour peu enclin à s'encombrer de nuances, Mike manie la formule choc comme une flèche dont on voit très précisément la cible: les puissantes sociétés multinationales.

Toutefois, le look de plouc de notre Robin des bois des médias, ne plaît pas à tout le monde. On lui reproche de faire flèche de tout bois - quoi de plus normal dans son emploi - autrement dit un certain populisme. On lui reproche sa façon de se mettre en scène, ses méthodes peu orthodoxes, on lui reproche ses contradictions - il a un appartement à Manhattan et un goût prononcé pour les palaces européens. Moore répond qu'un tiers de ses revenus est versé à des oeuvres et sait que ce qui agace surtout, c'est d'être un électron libre. Courageux ou dangereux?

© La Libre Belgique 2004





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