Old Boy, de Park Chan-Wook

(F.Ds)

OH DAE SOON N'EST PAS UN TYPE BANAL. Faut voir la scène qu'il fait dans le commissariat où les policiers attendent qu'il dessoûle avant de le relâcher. La soirée va fort mal se terminer pour lui car il va disparaître mystérieusement. Pendant quinze ans. Enfermé dans une chambre d'hôtel. Il en sort complètement marteau - d'ailleurs, il en a toujours un en poche, jamais pour planter des clous. Il a déjà une idée fixe enfoncée dans le crâne: retrouver celui qui l'a emprisonné et a fait disparaître sa femme et sa fille. Qui? Et plus encore: pourquoi?

Coréen, ce film, en compétition au Festival de Cannes, aurait pu s'appeler «Ivre d'explications et de vengeance», car l'acteur principal, Choi Min-Sik, n'est autre que l'interprète du peintre dans le magnifique «Ivre de femmes et de peinture» du père du cinéma coréen, Im Kwon-Taek. Cette adaptation d'un manga est en tout cas l'occasion pour ce réalisateur coréen de 40 ans de montrer un style percutant. Il multiplie les climax d'une incroyable intensité, d'autant plus insoutenables qu'ils traduisent la rage phénoménale du personnage, sa volonté de tout endurer pour comprendre pourquoi on lui a volé quinze ans de sa vie.

Le thème de la vengeance ingénieusement illustré dans un scénario bluffant, la virtuosité d'une mise en scène hypertendue, les saillies philosophiques du héros habité par un acteur expressionniste; «Old Boy» a de quoi mettre en transes ce fan de cinéma asiatique qu'est Quentin Tarantino.

© La Libre Belgique 2004