On a découvert un cousin minuscule

GUY DUPLAT

C'est une découverte «extraordinaire», estime le professeur Marcel Otte de l'université de Liège, qu'ont faite deux scientifiques paléontologues, Marta Mirazon Lahr et Robert Foley, de Cambridge. Ils l'ont racontée dans un article publié cette semaine par la revue «Nature». Une espèce inconnue d'humains de toute petite taille (un mètre à peine) a vécu il y a 18000 ans à peine sur l'île indonésienne de Florès, tout près de Bali, en même temps que l'homo sapiens, l'homme moderne qui peuplait déjà -seul croyait-on jusqu'ici- le reste du monde. Cette trouvaille d'un «Homo floresiensis» (Homme de Florès) fait la couverture et l'objet de deux articles dans l'hebdomadaire.

L'un des spécimens étudié est un adulte de sexe féminin qui mesurait moins d'un mètre, ce qui en ferait le plus petit des hominidés. Son cerveau n'avait la taille que d'un pamplemousse, soit le quart de nos cerveaux actuels, ce qui le rapprocherait des premiers hominidés vivant en Afrique y a trois millions d'années alors qu'il était contemporain des merveilleux peintres de Lascaux. Mais à en juger d'après les outils de pierre et les ossements animaux associés à ses propres restes, le cerveau de la taille de celui d'un chimpanzé suffisait à l'Homme de Florès pour tailler probablement la pierre et chasser des stégodons (éléphants préhistoriques).

L'Homme de Florès a été décrit à partir d'un squelette (crâne quasi intact, fémur, tibia, mains et pieds incomplets, bassin partiel, fragments de vertèbres...) et quelques restes d'un autre individu, mis au jour en septembre 2003 dans la grotte de Liang Bua. Cette cavité calcaire se trouve à 14 km au nord de Ruteng, capitale de la province de Manggarai à Florès.

On sait que le genre Homo a foisonné en de multiples espèces avant qu'un seul domine: l'homo sapiens. On croyait que les autres espèces avaient disparu bien plus tôt. L'homme de Néanderthal avait, le dernier croyait-on, continuer à cohabiter dans nos régions avec l'homo sapiens avant de disparaître complètement il y a 30000 ans.

Pour les auteurs de la seconde étude, le paléoanthropologue australien Peter Brown, de l'Université de Nouvelle-Angleterre à Armidale, et ses collègues indonésiens, le mélange de caractères primitifs et dérivés de l'Homme de Florès ne peuvent faire de lui qu'une espèce distincte qui se serait développée indépendamment dans l'isolat que constituait cette île. Pour qu'une espèce neuve créée par mutation génétique se développe, il faut en effet qu'elle reste isolée suffisamment longtemps pour que la mutation s'installe. Aujourd'hui, avec les échanges généralisés sur tout le globe, aucune espèce humaine neuve ne pourrait se développer, faute d'isolat.

«L'explication la plus vraisemblable de son existence, résument-ils, réside dans l'isolement, à long terme, d'une population ancestrale d'Homo erectus (une espèce censée avoir disparu il y a 300000 ans), qui par adaptation progressive à son habitat a abouti au nanisme comme on le voit fréquemment dans des espèces animales. Mais Homo floresiensis montre surtout que, dans ses réponses adaptatives, le genre Homo (l'ensemble des espèces humaines du passé et du présent) est morphologiquement plus varié et plus souple qu'on ne le pensait.»

On a retrouvé près des squelettes, des outils, mais les auteurs se demandent s'ils n'ont pas été fabriqués plus tôt par l'homme moderne (arrivé dans le Sud-Est asiatique il y a 100000 à 50000 ans) et qui cohabitait avec l'homo floresiensis, avant d'être ramassés tout simplement par les petits habitants de Florès.

Seule certitude: au cours de la majeure partie des quelque 160000 ans de notre propre histoire, nos ancêtres ont partagé la Terre avec d'autres représentants de la grande famille humaine, dont nous sommes aujourd'hui les cousins et les héritiers uniques.

© La Libre Belgique 2004

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