Monsieur Dico

PAR JACQUES MERCIER

Comment engueuler son prochain?

«Comment engueuler son prochain en bruxellois» est le titre du dernier ouvrage de Georges Lebouc (Le Cri). Cet amoureux du bruxellois a déjà fait revivre Virgile, Jef Kazak ou Marcel Antoine; dans ce livre il s'attache à nous traduire ce que des automobilistes navetteurs agressés verbalement ne peuvent sans doute pas toujours comprendre! Les expressions sont savoureuses et souvent gratinées, donc, pensons-nous, il est parfois bon de ne pas les comprendre? C'est que le Bruxellois ne connaît pas ce qu'on appelle aujourd'hui le «politiquement correct». Il n'a pas de pitié pour les défauts physiques. Quelqu'un de petit peut s'entendre traiter de «halve gegroeide», soit de moitié grandi! Le chauve du plus connu «klachkop» et le maigre de «boestring», hareng saur. Une dernière partie est consacrée au vocabulaire et à sa prononciation. Le bruxellois est essentiellement une langue parlée. Ceux qui l'ont écrite ont souvent adopté une orthographe qui leur était propre et il leur arrive souvent de se contredire, dit l'auteur. Et de proposer un tableau qui a le mérite du bon sens. Car certaines diphtongues, par exemple, n'existent pas dans la langue française: «au», comme dans «flauwskes», n'a pas d'équivalent et se dit: a + ou. Pour le plaisir voici quelques expressions simples: «faire de son Jan» ou «faire de son stoef» c'est bien sûr se vanter, être prétentieux. «Courir sur la langue de quelqu'un» c'est être l'objet de médisance. «Tenir le fou avec quelqu'un» c'est se moquer de quelqu'un, le prendre pour un imbécile. Et n'oublions surtout pas le «oui» qui se dit en bruxellois «non, peut-être!»

© La Libre Belgique 2004