Néanderthal près de chez vous

Paul Vaute

Nichée dans la vallée sinueuse du Hoyoux, dont une clairière humide la sépare, la grotte du Trou Al' Wesse, à Petit-Modave, n'est plus peuplée que de chauves-souris qui trouvent refuge en hiver dans les caves du château tout proche des comtes de Marchin.

C'est aux abords qu'il faut remuer la terre: le sol y recèle des strates qui font de ce site un des plus riches de Belgique, particulièrement pour témoigner de la transition entre Néandertaliens et hommes modernes.

Les fouilles menées ici dès le XIXe siècle, à la manière rudimentaire du temps, ont laissé du pain sur la planche à nos archéologues autrement équipés techniquement et méthodologiquement. «Les premières fouilles avaient été encouragées par la découverte d'un ossuaire néolithique, nous dit Nicolas Zwyns, chercheur. Les gens qui ont fouillé l'ont fait en se souciant uniquement de trouver des objets. Ils ont forcément détruit beaucoup d'informations. Grâce à Dieu, ils ont fouillé à l'intérieur de la grotte parce qu'on était convaincu, à cette époque, que les hommes y avaient habité. Nous savons aujourd'hui que ce n'était pas le cas. Si vous faites du feu à l'intérieur, vous êtes enfumé».

Le sol livre ses secrets

Devant l'excavation naturelle, le sol livre peu à peu ses secrets aux professionnels et aux étudiants du Service de préhistoire et du Centre interfacultaire de recherche archéologique de l'Université de Liège (ULg). Silex, os instrumentalisés, traces de découpes, déchets de tailles... éclairent la vie des chasseurs qui, en suivant les troupeaux de gibier, occupèrent cet abri temporairement. «La période où nous fouillons est celle de l'art pariétal, de la grotte Chauvet, il y a 30000 ans», explique le professeur Marcel Otte (ULg) qui ne désespère pas de trouver un jour, sous nos cieux, des parois peintes comparables à celles de l'Ardèche. «Je reste optimiste. En Allemagne et en Europe centrale, on ne trouve rien non plus, mais en Oural, cela reprend. Et pourtant, nous avons des oeuvres d'art mobilières semblables à celles qu'on trouve dans le Sud-Ouest de la France. Parmi les hypothèses qu'on peut faire, il y a celle que les techniques utilisées et la nature de la roche n'aient pas permis la conservation». Les éléments mis au jour, en tout cas, sont déjà et bien assez éloquents pour le spécialiste: «Quand on fait des fouilles en Iran, on découvre la même culture qu'au Trou Al' Wesse. C'est marrant: je prends l'avion et je retrouve la même chose!» Les traces des derniers peuples chasseurs-pêcheurs-collecteurs (Mésolithique) et des premiers agriculteurs (Omaliens ou Rubanés) complètent le puzzle de ce haut lieu. Le savoir qu'on y a engrangé fera sous peu l'objet d'une publication.

À quelques kilomètres à peine, un autre site cher aux gardiens communaux comme régionaux du patrimoine, le rocher du Vieux Château au Pont-de-Bonne, a été doté en juin dernier d'infrastructures touristiques toutes neuves (sentier de découvertes, table d'orientation, chaises portantes à roue pour les personnes à mobilité réduite, etc.) L'éperon rocheux dominant le Hoyoux a connu successivement l'occupation des Néolithiques (culture de Michelsberg, vers 3500 av. J-C), des populations de la fin de l'âge du Fer, peu avant la conquête romaine (80-50 av. J-C) et de celles du début du Moyen Âge (autour de l'an mil).

Le mur des Condruses

Du côté donnant vers la plaine, les Condruses érigèrent un rempart en pierre de plusieurs dizaines de mètres. C'est là que le Cercle archéologique Hesbaye-Condroz a ouvert le chantier en 2004. «Ce site, précise son président Emmanuel Delye, est le plus septentrional de tous les sites homologues en Europe. Quand le mur est tombé, sans doute parce que le bois interne avait pourri, il est resté à l'abandon pendant plus ou moins mille ans. À la fin de l'époque carolingienne, on l'a réoccupé en préférant le grès au calcaire parce qu'avec le grès, les tablettes sont équarries plus naturellement et plus faciles à assembler».

Ce que furent les fonctions de ce murus gallicus à l'Age du Fer - résidence, lieu de stockage, surveillance militaire... -, il appartiendra aux campagnes de fouille ultérieures de le révéler.

© La Libre Belgique 2005

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