La Rilatine, un dangereux dopant...

LAURENCE DARDENNE

ÉCLAIRAGE

Le blocus serait-il une maladie? C'est à se le demander à voir la prolifération des substances présentées depuis plusieurs années déjà en cette période dans les officines. Plus ou moins anodines, elles promettent d'augmenter la concentration, d'accroître les facultés de mémorisation, etc. Mais lorsqu'il s'agit de délivrer des produits nettement plus lourds de conséquences, comme l'affirme Fernand Haesbrouck, pharmacien en hôpital psychiatrique à Beernem, on ne badine plus. Parti en croisade contre la Rilatine, ce pharmacien a eu vent de plusieurs cas d'étudiants hospitalisés pour avoir pris de trop fortes doses de Rilatine au cours de leur blocus. «Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une drogue qui rend psychotique», nous dit Fernand Haesbrouck.

Effets secondaires

Uniquement délivré sur ordonnance, le méthylphénidate (Rilatine) est un stimulant du système nerveux central. Il est principalement indiqué dans le traitement des troubles déficitaires de l'attention avec hyperactivité. Parmi les effets secondaires, on cite la fatigue, l'insomnie, les douleurs musculaires, l'amaigrissement, les troubles cutanés, visuels, émotionnels et digestifs, les céphalées, les palpitations...

Au rayon des contre-indications, la Rilatine n'est pas conseillée en cas d'anxiété importante, de dépression, de psychose, d'hyperthyroïdie, de pathologies cardiaques, de glaucome, d'antécédents familiaux de tics moteurs ou de maladie de Gilles de la Tourette.

Quoi qu'il en soit, il ne s'agit en aucun cas d'une médication destinée à augmenter les performances intellectuelles, comme nous le confirme le Dr Isabelle Massat, psychiatre à l'Hôpital Erasme.

Quelles sont les indications précises de la Rilatine?

Que ce soit chez les enfants, les adolescents et même parmi la population adulte, ce traitement est indiqué dans le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, c'est-à-dire ce que l'on appelle communément l'hyperkynésie. Il s'agit donc bien de troubles très ciblés qui n'ont rien à voir avec les performances scolaires, qui ne se situent pas dans un contexte médical.

Comment agit ce médicament?

Il est supposé avoir trois types d'action: améliorer la concentration chez le patient qui souffre de déficit cognitif; diminuer les symptômes d'hyperactivité et d'impulsivité. Cela agit sur les trois systèmes incriminés dans la pathophysiologie du trouble.

Quels pourraient être les effets secondaires chez des étudiants sains en période de blocus?

Ils pourraient avoir des effets secondaires majeurs dans la mesure où il s'agit d'un traitement dont on estime la posologie, la quantité de façon très rigoureuse, notamment en fonction du poids dans le souci d'éviter tout effet secondaire. Cela peut être de la tachycardie, de la nervosité, des troubles du sommeil, une perte de l'appétit, des symptômes dépressifs... Paradoxalement, on peut assister à une surexcitation alors que le médicament est censé la diminuer chez le patient hyperactif. À des doses qui ne sont pas contrôlées médicalement, on peut aussi avoir un effet euphorisant.

Il faut donc être extrêmement vigilant quant à la prescription de ce type de traitement. D'ailleurs, lorsque l'on établit une prescription chez l'enfant, l'adolescent ou même l'adulte, on fait une «titration» très progressive. Déjà le fait de prendre un traitement qui n'est pas indiqué relève d'un problème éthique et d'un questionnement médical.

Quel est le message à faire passer?

Il s'agit d'un traitement qui reste réservé à des indications médicales, dont la mise au point doit être extrêmement rigoureuse. Il ne faut pas non plus oublier que ce traitement n'est pas donné systématiquement en cas d'hyperkinésie, même lorsque le trouble est mis en évidence. Et, quoi qu'il en soit, il demeure absolument proscrit dans tout état de situation de performance intellectuelle, comme un blocus. Normalement, le monde médical se heurte à ce type de pratique.

Peut-on dès lors conseiller d'autres substances en période de bloque?

Ce qui est essentiellement conseillé, c'est de ne pas manquer de sommeil, car les phénomènes de mémorisation sont impliqués pendant ces heures de sommeil. Il s'agit avant tout de mener une vie la plus saine possible pendant ces périodes de grande concentration. D'avoir une alimentation équilibrée qui apportera toutes les vitamines nécessaires. Rien de tel qu'une très bonne hygiène de vie.

© La Libre Belgique 2006