Thys, un site remarquable

La Hesbaye n'est pas plate comme on pourrait le penser. Il y coule toujours des raux ou des rys qui creusèrent des vallées peu profondes mais suffisamment encaissées pour suggérer la construction d'édifices de défense ou de surveillance. C'est ce qui se produisit ici, dans ce village méconnu de Thys (on prononce Tisse, ce qui évoque des tilleuls), sur la commune de Crisnée. Le Roua glisse entre des prairies jusqu'au Geer dont la vallée est elle-même piquée de quelques beaux châteaux et de grosses fermes. Sous la terre se trouvent des couches de silex qui servirent à monter les premiers murs des édifices qui nous occupent, bientôt rejoints par la brique et la pierre bleue.

Philippe Farcy

La Hesbaye n'est pas plate comme on pourrait le penser. Il y coule toujours des raux ou des rys qui creusèrent des vallées peu profondes mais suffisamment encaissées pour suggérer la construction d'édifices de défense ou de surveillance. C'est ce qui se produisit ici, dans ce village méconnu de Thys (on prononce Tisse, ce qui évoque des tilleuls), sur la commune de Crisnée. Le Roua glisse entre des prairies jusqu'au Geer dont la vallée est elle-même piquée de quelques beaux châteaux et de grosses fermes. Sous la terre se trouvent des couches de silex qui servirent à monter les premiers murs des édifices qui nous occupent, bientôt rejoints par la brique et la pierre bleue.

Au début de son existence, la seigneurie de Thys dépendait du Comté de Looz, signale Jules Herbillon. La famille de Lowaige en possédait les charges au début du XIIIe siècle. En 1242, ces derniers vendirent Thys au chevalier Renier de Thys. Par héritage, le domaine échut en 1485 aux Eynatten, chevaliers au duché de Limbourg depuis le XIVe siècle, au moins. En 1485, Herman d'Eynatten sire de Heulekom (près d'Eben-Eymael), de Schoonhoven (dépendance d'Aerschot), gouverneur de Stockem (près de Dilsen), est seigneur de Thys par son épouse, Elisabeth d'Aerschot de Schoohoven qui en avait hérité de sa mère Judith van den Edelbampt. Elisabeth mourut à Thys en 1531. Elle y repose alors que son mari se trouve à Maeseyck depuis 1503.

En 1705, Charles, le dernier Eynatten "ultimus familae", engagea Thys en faveur de son collègue le chanoine Lambert van der Heyden Blisia. Mais il se rétracta et, en 1709, en fit don à Barthold de Wanzoulle, chanoine de Saint-Lambert à Liège et abbé d'Amay. Les Wanzoulle étaient sires de Nedercanne, Otrange et Beaufraipont entre autres. Le père de Barthold fut mayeur de Liège. Sa mère était une Haxhe.

Berthold offrit alors le bien à son frère Lambert, époux de Joséphine de Warnant. Lambert mourut à la bataille de Belgrade en 1717, sans avoir d'héritier. Sous le "règne" de sa veuve, la basse-cour fut incendiée en août 1731. En 1748, Thys passa alors à son cousin Ferdinand baron de Haxhe et de Hamal, chanoine de Saint-Lambert lui aussi. En 1755, Ferdinand vendit Thys à son parent le baron Gérard-Edmond de Libert de Flémalle, en place de son fils Barthold alors mineur. Ce dernier devint pleinement sire de Thys en 1766 après avoir assuré son père de lui payer 24300 florins brabant et avoir emprunté pour ce faire 6000 florins au comte de Hinisdael de Creynhem.

Barthold sera le dernier sire de Thys, relevant le fief une ultime fois le 4 avril 1794, date ô combien tardive. En mai 1828, une vente est opérée par les Libert en faveur de Jean-Lambert de Ponthière, avocat, avec un domaine de 65 hectares. Sa fille Adèle, épouse de Léon Dallemagne, en hérita, puis sa petite fille, Clémentine Dallemagne. Son mari était le sénateur et vicomte Paul Berryer. En 1921, Marcel Defalle qui exploitait la ferme acquit ce bien de ses patrons. En 1958, son fils Gaston vendit le domaine à la famille Jacques, toujours en charge de cet intéressant ensemble inscrit dans un site classé.

Complexe agricole

La particularité de l'endroit, nous signale France Vansantbergen, "tient dans le lien éminent entre la chapelle castrale (à visiter) et la bâtisse seigneuriale. Le mur occidental les réunit depuis le XVe siècle au moins. La chapelle devenue église a été augmentée au début du siècle passé. Jadis, les châtelains y possédaient leur tribune privée."

La demeure est inscrite dans un complexe agricole de trois côtés, large et irrégulier, légèrement pentu, pavé et précédé d'un porche dont l'arche est en anse de panier. La maison en L (ce qui crée deux cours) s'élève sur trois niveaux. Entre le porche et la maison se trouvent deux édicules aux baies chaînées et aux soubassements de silex. Ces édicules sont caractérisés par leurs triples bandeaux plats en pierre bleue. Le logis couvert d'Eternit présente d'abord un haut pignon sous une croupette, puis une aile longue de six travées en haut et trois au milieu. Les montants modernes des baies sont harpés. Le pignon sud comporte une dalle armoriée des Eynatten datée de 1576. Sur la haute cour, qui sert de nos jours de porcherie, le manque d'homogénéité des façades est flagrant. On y voit une tour d'angle à usage d'escalier. La partie ouest de l'aile nord comporte elle aussi cinq bandeaux plats et des baies chaînées, jadis à croisées. Une partie des bâtiments se voit de la voirie.