Des liens étroits qui remontent à Léopold Ier

Au Palais royal de Bruxelles, on cultive un sens pointu du protocole, mais cela n’empêche pas les relations chaleureuses entre cousins plus ou moins éloignés.

Christian Laporte

Au Palais royal de Bruxelles, on cultive un sens pointu du protocole, mais cela n’empêche pas les relations chaleureuses entre cousins plus ou moins éloignés.

Certains observateurs royaux autoproclamés et "pipolisants" ont cru devoir critiquer ces dernières heures le fait que le Roi et la Reine ne se rendaient pas au mariage de William et de Catherine Middleton mais à la béatification de Jean-Paul II. Selon eux, une double erreur puisqu’ils montreraient du dédain pour les Windsor et préfèreraient aller à Rome alors que l’Eglise belge est toujours empêtrée dans les suites de l’affaire Vangheluwe. On ne s’attachera pas à la dernière critique, pour en venir à l’essentiel, c’est-à-dire la première : en tout état de cause, Albert II et Paola ne se seraient pas rendus à Londres parce que le jeune marié n’est toujours que le second dans l’ordre de succession. Par contre, en juin 2010, les Souverains avaient assisté au mariage de la princesse Victoria, à Stockholm, parce que cette dernière est appelée à succéder à son père.

Une question de protocole donc... Tout est là et rien que là, et cela n’empêche pas que les relations soient au beau fixe entre les Cours britannique et belge. Il faut dire qu’elles entretiennent et nourrissent des liens étroits depuis la naissance de la Belgique, et même un peu avant.

Alors qu’il n’était que prince de Saxe-Cobourg, le futur Léopold Ier avait épousé en premières noces la princesse Charlotte de Galles, appelée un jour à occuper le trône, en Angleterre. Mais la jeune femme décédait un an plus tard en mettant au monde un enfant mort-né. Léopold, dit-on, ne s’est jamais vraiment remis de cette brutale disparition. Mais le prince allemand, excellent stratège et fin diplomate, devenu entre-temps roi des Belges après avoir été sollicité pour monter sur d’autres trônes, conserva des liens d’autant plus étroits avec la Cour de Saint-Georges que la fille de sa soeur, Victoria, devint reine d’Angleterre.

En 1840, la reine Victoria avait épousé un cousin, le prince Albert de Saxe-Cobourg, par ailleurs lui aussi un neveu de Léopold. Le huitième enfant de Victoria et Albert reçut le prénom de Léopold. Mais il y eut aussi un axe entre Bruxelles et Londres dans la répartition des influences en Europe, Léopold Ier joignant à ses qualités précitées celle d’être à la base de nombre d’alliances entre les Cours européennes.

Par la suite, les générations suivantes s’éloignant progressivement, les liens se distendirent aussi. Et il y eut même un moment plus délicat dans les relations au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sur fond d’incompatibilité d’humeur entre Léopold III et Winston Churchill. En 1953, le roi Baudouin refusa de se rendre aux funérailles de George VI, estimant qu’Albion avait été perfide pour son père. Le prince Albert représenta néanmoins la Belgique.

Les tensions disparurent très vite et, dès 1963, le roi Baudouin et la reine Fabiola se rendirent en visite d’Etat en Grande-Bretagne alors que la reine Elizabeth et le duc d’Edimbourg leur rendirent la pareille en 1966.

Oubliées donc les bisbilles belgo-britanniques. Mieux : en 1993, lors de la mort du roi Baudouin, la reine d’Angleterre assista personnellement à ses funérailles, à l’encontre des règles protocolaires qui veulent qu’elle ne se déplace pas à l’étranger dans un contexte pareil.

La bonne entente entre les deux Cours se poursuivit sous le présent règne. Certes, Albert II n’a jamais rendu de visite d’Etat en Grande-Bretagne mais ce qui peut apparaître comme un oubli fâcheux est plutôt la conséquence d’incompréhensions politiques entre les deux gouvernements sur fond de non-livraison d’obus belges à la Grande-Bretagne pendant la guerre du Golfe, et peut-être aussi d’un certain fossé dans l’attachement respectif à la cause européenne. Mais il serait malvenu de faire un cyclone de cette légère brise dans les relations, car Belges et Britanniques, par souverains interposés, ont commémoré ensemble les grands anniversaires de la Première Guerre mondiale et en juillet 2000, Albert II et Paola ont participé à la célébration du siècle de présence terrestre de la Queen "Mum". Enfin, les princes héritiers Philippe et Charles sont très proches et ils ne manqueraient aucune occasion de se rencontrer lorsque l’un va en mission sur les bords de la Tarmise ou lorsque l’autre vient visiter l’Union européenne.