Cabaret paradoxal aux Halles

Bouchra Ouizguen est née en 1980 à Ouarzazate. Après des études en France, elle est soliste en danse orientale au Maroc de 1995 à 2000. En parallèle, elle suit à Marrakech de nombreux stages avec des chorégraphes contemporains tels que Bernardo Montet ou Mathilde Monnier. Quelques liens plus tard - avec le centre chorégraphique national de Montpellier ou avec Boris Charmatz - elle coorganise depuis 2005 les quatre premières éditions des Rencontres chorégraphiques de Marrakech.

Marie Baudet

Bouchra Ouizguen est née en 1980 à Ouarzazate. Après des études en France, elle est soliste en danse orientale au Maroc de 1995 à 2000. En parallèle, elle suit à Marrakech de nombreux stages avec des chorégraphes contemporains tels que Bernardo Montet ou Mathilde Monnier. Quelques liens plus tard - avec le centre chorégraphique national de Montpellier ou avec Boris Charmatz - elle coorganise depuis 2005 les quatre premières éditions des Rencontres chorégraphiques de Marrakech.

Pour "Madame Plaza", projet présenté en première belge au Kunsten, elle a imaginé une sorte d’hommage aux "Aïtas", ces femmes formées au chant et à la musique, louées pour leur beauté, un peu comparables aux geishas.

Chose rare, la haute verrière des Halles n’est pas entièrement occultée ; des parcelles de ciel du soir surplombent le grand plateau, qu’occupent trois banquettes - ou matelas épais - et quatre femmes. Corps amples, posés, d’abord silencieux, entrant en mouvement avec lenteur. Entre la jeune chorégraphe et ces imposantes matrones, la différence n’est pourtant pas telle qu’elle éclipserait l’union du quartet. Entre Bouchra Ouizguen, Fatima El Hanna, Fatima Ait Ben Hmad et Naima Sahmoud, en une heure de performance, se joue un long parcours d’apprentissage - jamais à sens unique. Et vient la voix, enregistrée ou en direct, le chant, le cri vital venu de loin, la parole qui fuse - et dont on découvre la teneur dans le livret. Ces trois-là, avec leur corps et leur âge hors normes scéniques, ces travailleuses de cabaret ("Madame Plaza" est le nom d’une adresse nocturne marrakchi) déploient une présence qui questionne jusqu’à celle des spectateurs. Une fierté. De la gravité et de l’humour, de la sensualité généreuse et de l’androgynie. Du jeu. De la danse qui déroute et déride. De la simplicité et de la sophistication. De la tendresse - et tant de force.

Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au 28 mai. Infos & rés. : 070.222.199, www.kfda.be