Monde irréel, histoire vraie

Cela commence étrangement avec "Easy" de Faith No More et pas avec Duke Ellington que Boris Vian appréciait tant. Pourtant, on est d’emblée plongé dans son univers, déroutant, fantastique, extravagant. Un univers porté à la scène par Emmanuel Dekoninck qui, après le "Peter Pan" de Loisel, en 2008, livre un regard féerique sur l’œuvre phare de Vian, "L’Ecume des jours".

Camille de Marcilly

Cela commence étrangement avec "Easy" de Faith No More et pas avec Duke Ellington que Boris Vian appréciait tant. Pourtant, on est d’emblée plongé dans son univers, déroutant, fantastique, extravagant. Un univers porté à la scène par Emmanuel Dekoninck qui, après le "Peter Pan" de Loisel, en 2008, livre un regard féerique sur l’œuvre phare de Vian, "L’Ecume des jours".

Histoire d’amour cruelle, ce roman aux multiples personnages et intrigues raconte principalement la rencontre de Colin avec Chloé dont il tombe éperdument amoureux et qu’il épouse en présence de ses amis. Malheureusement, Chloé tombe malade, un nénuphar pousse dans son poumon droit Autour de leur maison qui s’assombrit malgré le soin apporté au nettoyage des carreaux par la petite souris, les amis gravitent. Il y a Nicolas, le cuisinier déjanté, Chick amoureux d’Alise mais encore plus de Jean-Sol Partre, Isis, la bourgeoise libérée qui organise de grandes fêtes et secrètement amoureuse de Nicolas

Le jeu des neufs comédiens-musiciens - AntojO, Marie du Bled, Fanny Dumont, Michelangelo Marchese, Gilles Masson, Violette Pallaro, Nancy Philippot, Aurélien Ringelheim, Julien Vargas - et la scénographie - signée Roland Beurms - nourrissent la mise en scène accentuant le côté irréel et complètement loufoque de l’œuvre de Vian. Emmanuel Dekoninck multiplie les références au cirque, au cabaret et à la fête foraine grâce aux éléments de décor, machine à bonbons, piano à alcool, punching-ball rouge.

L’ensemble, burlesque, avec des changements de place des lourds modules un peu longs, donne parfois l’impression d’aller en toutes directions. Au-delà des ces ajustements et même si l’adaptation ne colle pas à la lettre au roman, l’âme de Vian est là, poétique, nourrie de jazz, de critiques de la société et de dérision. Danse, chant, moments tendres ou hilarants (comme la mémorable scène du mariage) : "L’Ecume des jours" est d’une richesse exubérante, un marécage tendre et cruel plein de vérité où l’on plonge à pieds joints.

Bruxelles, Atelier 210, jusqu’au 8 octobre (puis en tournée en Wallonie et à Bruxelles jusqu’au 9 décembre). Durée : env. 1h45. De 10 à 18 €. Infos & rés. : 02.732.25.98 et www.atelier210.be