"C’est une question pour les sociologues, les anthropologues, les psychologues"

La gestion des déchets nucléaires n’a pas fini d’effrayer ni de diviser. "Nous confrontons les générations futures à des déchets qui restent dangereux pendant des milliers d’années" , assurent "Les Amis de la Terre", alors que les acteurs du nucléaire estiment que le stockage géologique constitue une solution appropriée répondant parfaitement aux exigences de sécurité. Jean-Pol Poncelet, le tout nouveau directeur général du lobby des entreprises nucléaires européennes, Foratom, fait "confiance aux géologues et aux ingénieurs" quant à l’estimation des risques. Mais, nous dit-il, "ce n’est pas ce qui convaincra" l’opinion publique. A ses yeux, le problème repose dans le fait que "nous n’ayons pas les outils de la décision politique et sociale pour appréhender" cette problématique, à l’inverse des Finlandais et des Suédois qui sont, au demeurant, majoritairement favorables à l’atome. Il s’agit "d’une question devant laquelle la société ne s’est jamais trouvée et à laquelle on ne va pas répondre avec des arguments techniques" professés par "des ingénieurs qui, pendant des années, ont dit du haut de leur suffisance qu’ils savaient mieux que nous ce qu’il fallait faire" . Aujourd’hui, poursuit l’ancien ministre belge de la Défense et de l’Energie, "il faut des sociologues, des anthropologues, des psychologues. Les choix à faire doivent l’être par des responsables des sociétés" , pense-t-il, regrettant au passage que, "parmi mes anciens collègues politiques, il n’y en ait pas un seul qui ait envie de parler de cela de peur de perdre des électeurs" .

S.Vt.

La gestion des déchets nucléaires n’a pas fini d’effrayer ni de diviser. "Nous confrontons les générations futures à des déchets qui restent dangereux pendant des milliers d’années" , assurent "Les Amis de la Terre", alors que les acteurs du nucléaire estiment que le stockage géologique constitue une solution appropriée répondant parfaitement aux exigences de sécurité. Jean-Pol Poncelet, le tout nouveau directeur général du lobby des entreprises nucléaires européennes, Foratom, fait "confiance aux géologues et aux ingénieurs" quant à l’estimation des risques. Mais, nous dit-il, "ce n’est pas ce qui convaincra" l’opinion publique. A ses yeux, le problème repose dans le fait que "nous n’ayons pas les outils de la décision politique et sociale pour appréhender" cette problématique, à l’inverse des Finlandais et des Suédois qui sont, au demeurant, majoritairement favorables à l’atome. Il s’agit "d’une question devant laquelle la société ne s’est jamais trouvée et à laquelle on ne va pas répondre avec des arguments techniques" professés par "des ingénieurs qui, pendant des années, ont dit du haut de leur suffisance qu’ils savaient mieux que nous ce qu’il fallait faire" . Aujourd’hui, poursuit l’ancien ministre belge de la Défense et de l’Energie, "il faut des sociologues, des anthropologues, des psychologues. Les choix à faire doivent l’être par des responsables des sociétés" , pense-t-il, regrettant au passage que, "parmi mes anciens collègues politiques, il n’y en ait pas un seul qui ait envie de parler de cela de peur de perdre des électeurs" .

Jean-Pol Poncelet avance trois raisons à son postulat, selon lequel la question des déchets "n’est pas un problème d’ingénieur" . Premièrement : "cela concerne la radioactivité" que "99 % des gens voient comme un diable qu’on ne voit pas, qu’on ne sent pas, que les hommes sont par nature illégitimes à maîtriser" . "Il faut expliquer que la radioactivité est naturelle et que, quand vous prenez l’avion pour aller aux Etats-Unis, vous encaissez une dose bien plus importante que ce que vous encaissez pendant toute l’année en Belgique."

Deuxièmement : la gestion des déchets touche à la relation au temps. "Nous sommes capables de parler de quelques générations, nous avons une mémoire collective du Moyen Age et des cathédrales. Mais le commun des mortels n’est pas capable de comprendre ce que signifient 10 000 ou 100 000 ans. On a une incapacité presque intrinsèque à appréhender le temps vers le passé, a fortiori vers le futur. Et là, on essaie de nous expliquer qu’on va évacuer des déchets pour 10 000 ou 100 000 ans ! C’est déjà presque impossible " Troisièmement : les déchets sont enfouis; "on se trouve alors dans l’irrationnel sur le territoire sacré de la terre".

Bref, "mettre un diable qu’on ne maîtrise pas pour 100 000 ans dans le repère des morts, c’est impossible" , résume M. Poncelet. "Le cumul de ces trois éléments montre bien que cette question ne peut pas être traitée par des ingénieurs." Quelle que soit la décision prise in fine, il faut dès lors "trouver des mécanismes de délibérations et de décisions" permettant de discuter de cette problématique des déchets nucléaires "en dehors des dogmatismes et des idéologies des uns et des autres" . Car "on n’a pas avancé d’un pouce sur cela en trente ans dans la société".