Ari Folman valse avec les Belges

Les Magritte (lire pages précédentes) l’ont confirmé : la production cinématographique en Belgique n’a jamais été aussi intense. Et elle s’internationalise au point d’attirer des figures importantes. Ari Folman était ainsi fin de la semaine dernière à Liège et Bruxelles. Le réalisateur israélien du très applaudi "Valse avec Blashir", remarqué au Festival de Cannes en 2009 avec cette biographie documentaire animée, supervisait au Pôle Image de Liège l’avancement d’une partie du travail de son nouveau projet, "The Congress".

Alain Lorfèvre

Entretien

Les Magritte (lire pages précédentes) l’ont confirmé : la production cinématographique en Belgique n’a jamais été aussi intense. Et elle s’internationalise au point d’attirer des figures importantes. Ari Folman était ainsi fin de la semaine dernière à Liège et Bruxelles. Le réalisateur israélien du très applaudi "Valse avec Blashir", remarqué au Festival de Cannes en 2009 avec cette biographie documentaire animée, supervisait au Pôle Image de Liège l’avancement d’une partie du travail de son nouveau projet, "The Congress".

Dans ce film d’anticipation, on découvre Robin Wright, ex-star prometteuse d’Hollywood, traquée dans un futur proche par la police de Paramount. Le studio, qui a fabriqué à son effigie des avatars numériques, tient tous les droits sur son image Fiction ? Voire : "Il y a quatre ans, quand nous avons commencé à développer le projet, remarque Ari Folman, c’était de la fiction. Aujourd’hui, le recours a des interprètes virtuels, avatars d’acteurs, se généralise au cinéma ou dans l’industrie du jeu vidéo. Voyez le "Tintin" de Spielberg " Si ça trouve, ponctue le réalisateur avec un sourire, "ce sera devenu un sujet d’actualité quand mon film sortira !"

Financé en Israël, en Allemagne, en Pologne, au Luxembourg, le film est coproduit en Belgique par Entre Chien et Loup à hauteur de 20 % de son budget. Le studio Mikros Image Liège, installé dans le Pôle Image de Liège, assure notamment le compositing et l’intégration 3D de "The Congress", qui mêle images réelles et séquences animées. Le studio bruxellois Walking the Dog assure également une partie de l’animation du film. Après des recherches préparatoires dès juillet, Mikros travaille activement sur le film depuis novembre. La partie belge de la production devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’été.

Comment est né “The Congress” ?

C’est l’adaptation d’un roman de Stanislas Lem, "The Futurological Congress". J’ai adoré ce livre que j’ai lu quand j’avais 19 ans. Je ne me doutais pas à l’époque que je deviendrais réalisateur d’animation. Mais je me suis éloigné du livre. Dans le livre, c’est un journaliste qui tourne autour d’un conglomérat qui contrôle tout par le biais de la drogue. J’ai transposé cela avec une réflexion sur la réalité virtuelle.

N’y a-t-il pas une forme d’ironie à voir un réalisateur de film d’animation écrire un film où il est question de la disparition des acteurs de chair et de sang ?

Je me considère d’abord comme un réalisateur. Et les acteurs sont au cœur de mon film. Je suis nostalgique. J’adore les vieux films. C’est précisément le sujet : une réflexion sur la présence physique des acteurs. La sortie d’"Avatar" a coïncidé avec l’écriture du scénario. Cela m’a évidemment frappé. Je me souviens que le producteur de Cameron s’était plaint que les avatars du film ne reçoivent pas de nomination à l’oscar.

Comment avez-vous convaincu Robin Wright de s’engager sur ce projet ?

Assez facilement. C’est une femme intelligente qui a tout de suite adoré le scénario. Nous avons eu un retour assez incroyable des acteurs aux Etats-Unis. J’ai découvert quelque chose de remarquable là-bas : si le projet est intéressant aux yeux des acteurs, l’argent n’est pas un problème. Dans la foulée de Robin, j’ai eu de la chance de voir débarquer des acteurs comme Harvey Keitel, Danny Houston ou Paul Giamatti. Ils aimaient le projet, ils voulaient y participer. Le reste fut facile.

Le film mélangera prises de vues réelles et animation…

Oui. Il y aura en gros septante minutes en prises de vue réelles et cinquante en animation. Pour ces dernières, nous procédons à la rotoscopie des acteurs. C’est-à-dire que l’on redessine et anime sur leurs mouvements et leur interprétation. Ce n’est pas comme la motion capture que Spielberg et Jackson ont utilisé dans "Tintin". C’est la vieille technique qu’utilisaient déjà les frères Fleischer dans la série "Superman" ou Walt Disney sur "Blanche Neige", dans les années 40. Les acteurs ont pris ce travail très au sérieux. Ils ont mis un point d’honneur à ce que leur interprétation constitue une parfaite référence pour les animateurs. Le plateau où nous avons tourné, à Los Angeles, était équipé de toute la technologie de motion capture dernier cri. La plupart de nos acteurs découvraient cela. Et certains ont pris conscience que tout ce dont il est question dans "The Congress" devenait d’une certaine manière réel.

L’esthétique de “The Congress” sera-t-elle proche de “Valse avec Bashir” ?

Ce sera très différent. "Bashir" était plus stylisé, on pouvait interpréter l’animation même s’il y avait aussi une approche réaliste dans le dessin. Mais j’ai voulu préserver de l’animation classique 2D. Dans le studio à Hambourg qui travaille sur le film, il y a des animateurs de mon âge, qui approchent de la cinquantaine, qui sont passés à l’animation en images de synthèse il y a six, sept ans. Ils ne pensaient plus avoir l’opportunité de faire un jour un film en 2D classique.

Vous aviez fait “Valse avec Bashir” avec une toute petite équipe, en Israël. Ici, vous changez d’échelle de production…

Sur "Bashir", j’ai dû hypothéquer ma maison. Ici, je travaille avec une centaine de personnes entre cinq pays : Israël, Luxembourg, Belgique, Allemagne et Pologne. Nous avons tourné les parties avec les acteurs aux Etats-Unis. La production est basée en Israël. Il y a deux jours, j’étais en Pologne, puis à Hambourg, aujourd’hui, je suis à Liège, demain, à Bruxelles C’est éreintant, mais passionnant, car je peux partager des tas d’expériences, confronter des techniques de travail ou des approches artistiques différentes. Le tournage avec les acteurs était finalement la partie la plus simple. La création de la partie animée du film est un vrai défi. Quasiment chaque plan, chaque image doit faire l’objet d’un travail minutieux. Je me dis parfois que si j’avais tout fait en images réelles, le film serait déjà fini. Mais c’est aussi le sujet qui impose cette double réalité.

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