"L’Estampe, un art pour tous" : hommage

Des dizaines de pièces signées par les plus grands noms, de Bram Van Velde à Pierre Buraglio : au Centre de la gravure et de l’image imprimée, l’hommage à l’action du couple Putman en faveur des arts multiples est d’abord festif. Et il est exaltant dans la mesure où les meilleurs créateurs d’époques en marche constante - de la fin des sixties à nos jours - s’y retrouvent avec de fameux atouts convaincants. Le tout dans une joyeuse diversité de genres, techniques, sujets d’attraction. Et qu’un livre, sentimentalement attachant et objectivement passionnant, accompagne cet ensemble d’une valeur ajoutée et bien vivante, conforte la manifestation d’une aura qui donne à réfléchir sur bien des dérives actuelles en matière de diffusion des œuvres, notamment des estampes sous toutes leurs coutures.

Roger Pierre Turine

Des dizaines de pièces signées par les plus grands noms, de Bram Van Velde à Pierre Buraglio : au Centre de la gravure et de l’image imprimée, l’hommage à l’action du couple Putman en faveur des arts multiples est d’abord festif. Et il est exaltant dans la mesure où les meilleurs créateurs d’époques en marche constante - de la fin des sixties à nos jours - s’y retrouvent avec de fameux atouts convaincants. Le tout dans une joyeuse diversité de genres, techniques, sujets d’attraction. Et qu’un livre, sentimentalement attachant et objectivement passionnant, accompagne cet ensemble d’une valeur ajoutée et bien vivante, conforte la manifestation d’une aura qui donne à réfléchir sur bien des dérives actuelles en matière de diffusion des œuvres, notamment des estampes sous toutes leurs coutures.

Un commerce à retombées financières souvent abusives a, depuis, mis en pièces la démarche généreuse engagée par Jacques Putman en 1967. En bonne complicité avec la chaîne française de grandes surfaces Prisunic, il s’était efforcé de promouvoir des lithographies accessibles à tous publics, leurs prix d’achat s’avérant alors moins coûteux que celui d’un paquet de cigarettes ! On en est loin de nos jours, même si le marché des cigarettes - et c’est tant pis pour les dispensateurs de fumée - a, lui aussi, explosé ! Quelque 150 œuvres racontent la belle histoire et ses suites au fil du temps. Une occasion de redécouvrir, au passage, les diverses techniques, anciennes et plus actuelles, offertes aux artistes pour créer ces pièces à conviction, inédites et originales nonobstant leur reproduction en un certain nombre d’exemplaires. L’idée de Jacques Putman était révolutionnaire qui, selon François Mathey, " restitue l’art pur dans le quotidien, hors des tabous, des préjugés, des conventions". Et le même Mathey de se réjouir que les artistes aient de la sorte pu " renouer le dialogue avec le grand public parmi les jeans, les conserves et les mille indispensables bricoles d’un grand magasin "

L’aventure, hélas, a vécu qui prônait "l’art pour tous". L’estampe Prisunic, tirée entre 150 et 300 exemplaires, fit florès de 1967 à 1973 avec des succès épars, le public d’une grande surface se méfiant sans doute d’une offre à mille lieues de ses quêtes habituelles. Six artistes firent chorus aux buts de Putman en 1967 : Alechinsky, Lam, Matta, Messagier, Reinhoud, Bram Van Velde. Bientôt rejoints par Arman, Christo, Ernst, Jorn, Saint-Phalle, Tal Coat, etc. Et l’objet et la sculpture furent à leur tour parties prenantes d’une opération qui, pour poursuivre un but de salubrité publique, ne fut pourtant pas suivi comme elle l’aurait mérité.

Opiniâtre, Putman n’en resta pas là quand l’aventure Prisunic avorta. Il racheta les invendus et créa la Société de diffusion d’œuvres plastiques et multiples, qu’il développa avec l’aide de sa seconde épouse, Catherine, ouvrant de plus belle l’aventure aux nouveaux venus, de Buraglio à Viallat.

A la mort de Jacques en 1994, Catherine Putman ne désarma pas, multiplia les audaces. Elle ouvrit même une galerie rue Quincampoix à Paris où, jusqu’à sa mort en 2009, elle édita 320 pièces différentes de 18 artistes contemporains et exposa dans la foulée des œuvres uniques sur papier. Tel un grand livre ouvert sur une aventure d’un demi-siècle, l’exposition du Centre de la gravure est l’hommage vrai qu’accompagne un juste florilège.

Centre de la Gravure, 10 rue des Amours, La Louvière. Divers ateliers et animations. Jusqu’au 29 avril, du mardi au dimanche de 10 à 18h. Infos : 064.27.87.27 et www.centredelagravure.be

Livre "L’Estampe, un art pour tous", Actes Sud, 140 pages en couleurs. Environ 25 euros.