Maïs OGM: l’imbroglio

Après s’être accordé un rab de réflexion supplémentaire, le Conseil consultatif de biosécurité (CCB) était tenu de rendre, vendredi, son avis concernant une nouvelle demande d’essai OGM en plein champ. Introduite fin décembre dernier par l’Institut flamand pour la biotechnologie (VIB), la requête porte cette fois sur des plants de maïs dont une caractéristique de croissance a été modifiée afin d’augmenter leur taille. A quelle fin ? Mystère, le dossier est peu clair à ce propos.

Gilles Toussaint

Après s’être accordé un rab de réflexion supplémentaire, le Conseil consultatif de biosécurité (CCB) était tenu de rendre, vendredi, son avis concernant une nouvelle demande d’essai OGM en plein champ. Introduite fin décembre dernier par l’Institut flamand pour la biotechnologie (VIB), la requête porte cette fois sur des plants de maïs dont une caractéristique de croissance a été modifiée afin d’augmenter leur taille. A quelle fin ? Mystère, le dossier est peu clair à ce propos.

L’essai se déroulerait sur une parcelle de 500 m2 située dans la région de Wetteren. Afin de limiter le risque de dissémination dans l’environnement, les chercheurs du VIB ont prévu d’ôter les fleurs mâles avant que celles-ci ne puissent produire du pollen. Les épis et les semences seraient en outre minutieusement récoltés à la main.

Pour rappel, les expérimentations de cet institut ont suscité pas mal d’agitation en mai dernier suite à l’opération d’arrachage de pommes de terre transgéniques menée par des militants du "Field Liberation Movement" opposés aux OGM.

Selon nos informations, les discussions n’ont pas été simples et l’avis rendu est quelque peu alambiqué, le dossier étant "mal ficelé". La réponse du CCB, qui a pour mission d’apporter un éclairage scientifique aux autorités compétentes sur les risques des activités mettant en jeu des organismes génétiquement modifiés, est en quelque sorte "ni oui, ni non", explique un expert. L’avis conclut à l’absence de risque a priori, mais souligne néanmoins qu’un élément du dossier n’a pas été vérifié et qu’il devrait l’être avant toute autorisation éventuelle.

Pour la première fois, le Conseil mentionne également, sous forme de remarque complémentaire, ses interrogations sur la pertinence de cet essai - un point d’évaluation qui n’entre pas dans le cadre de son mandat.

Le dossier repart à présent dans le camp de l’administration qui finalisera la proposition soumise aux ministres compétents, en y intégrant, si elle le juge utile, les remarques émises lors de la consultation publique qui s’est déroulée en janvier. Il reviendra alors aux ministres concernés - Laurette Onkelinx pour la Santé publique, le secrétaire d’Etat Melchior Wathelet pour l’Environnement et Sabine Laruelle pour l’Agriculture - de trancher un sujet rendu politiquement délicat par le contexte communautaire. La Flandre est en effet plutôt favorable aux cultures OGM alors que la Wallonie y est opposée.

Ces derniers auront ensuite 45 jours pour rendre leur décision qui devra être dûment motivée si d’aventure elle va à l’encontre de l’avis émis par le CCB. Logiquement, deux options s’offrent aux ministres : le refus pur et simple ou le feu vert sous réserve d’avoir fait procéder à l’évaluation de risque complémentaire suggérée par le Conseil consultatif de biosécurité.

Cet imbroglio met à nouveau en évidence la nécessité de revoir le cadre d’évaluation des OGM dans notre pays. D’aucuns s’interrogent sur l’utilité de ce genre d’essai dont l’intérêt scientifique paraît "quasi nul". "Il ne présente pas de gros risques, mais cela revient à dire oui à n’importe quoi. Il serait donc bienvenu de pouvoir se prononcer sur la question de leur pertinence", relève un observateur averti. La stratégie consisterait-elle à habituer l’opinion publique à la présence d’OGM en plein champ ?

D’autres questions se posent quant aux conflits d’intérêts qui se font jour au sein du CCB. Trois scientifiques du VIB font en effet partie de celui-ci. Comme la procédure le prévoit, ils n’ont logiquement pas pris part aux réunions d’évaluation portant sur ce dossier, mais ils participent néanmoins aux débats où se discutent le cadre global en la matière.

La mise en place d’une procédure d’évaluation socio-économique de l’impact des OGM, à la manière de ce qui se pratique chez nos voisins français, paraît également indispensable. Vendredi soir, on a d’ailleurs appris que la France avait, comme c’était attendu, décidé de réintroduire un moratoire temporaire sur la culture du maïs génétiquement modifié MON810 commercialisé par Monsanto.