Des acteurs qui osent tout

Ivo Van Hove, metteur en scène belge, directeur du "Toneelgroup" d’Amsterdam est un des grands des scènes européennes. Il s’est lié au Théâtre de la place à Liège dans le cadre du projet européen Prospero. Il y créera à la fin de l’année son nouveau spectacle au départ de deux scénarios du cinéaste Ingmar Bergman. Mais déjà il présente actuellement, à Liège, son adaptation sur scène du scénario de John Cassavetes pour son film "Husbands". On sait ("La Libre" du 17 mars), qu’Ivo Van Hove aime partir du scénario d’un film pour créer un spectacle, " une première mondiale " chaque fois.

Guy Duplat

Ivo Van Hove, metteur en scène belge, directeur du "Toneelgroup" d’Amsterdam est un des grands des scènes européennes. Il s’est lié au Théâtre de la place à Liège dans le cadre du projet européen Prospero. Il y créera à la fin de l’année son nouveau spectacle au départ de deux scénarios du cinéaste Ingmar Bergman. Mais déjà il présente actuellement, à Liège, son adaptation sur scène du scénario de John Cassavetes pour son film "Husbands". On sait ("La Libre" du 17 mars), qu’Ivo Van Hove aime partir du scénario d’un film pour créer un spectacle, " une première mondiale " chaque fois.

"Husbands" est l’histoire de trois amis qui dépriment à la mort de leur ami commun et réagissent en "pétant les plombs", régressant à des transgressions d’adolescent immature : boire, se battre, draguer les filles, s’enfuir à Londres. Ils ont largué les amarres, rejeté pour un temps les conventions ; ils veulent se frotter à l’interdit, à la mort. Mais à la fin, deux d’entre eux, une fois la transgression achevée, reviennent dans leur foyer familial.

Ce scénario sans vraie dramaturgie, ne peut devenir intéressant que par le jeu des acteurs. John Cassavetes le montrait déjà en révélant par ce film son futur acteur fétiche, Ben Gazzara.

Et c’est là qu’Ivo Van Hove impressionne, par ses fabuleux acteurs. Quatre hommes et une femme de la compagnie du "Toneelgroup". Tous sont à citer (Barry Atsma, Roeland Fernhout, Hans Kesting, Alwin Pulinckx et surtout, la seule femme, encore plus impressionnante, Halina Reijn). Ils osent tout, brûlent de tous leurs combustibles, peuvent passer en un instant de l’abject à la douceur, du sensible au vulgaire, toujours en équilibre sur le fil. Ils font sentir cette fragilité des hommes, leurs tendresses infinies mais cachées, qui transpercent sous leurs excès. Du grand art.

La musique de Bruce Springsteen ("Born to Run") et des vidéos sur tout le fond de scène encadrent cette performance des cinq acteurs.

L’autre intérêt du spectacle est de voir l’utilisation que Van Hove fait de la vidéo. Chaque acteur a une petite caméra sur la tête avec laquelle il filme ce qu’il voit, son point de vue, qui est alors diffusé sur deux écrans, des images "live" qui semblent parfois tirées d’un polar américain. Cela perturbe un peu et oblige chaque spectateur à choisir son propre point de vue, mais ça s’avère passionnant. Van Hove empêche qu’on s’endorme dans le confort du cinéma ou du théâtre frontal où le metteur en scène impose à tous sa vision. Ici, il faut choisir entre des vues contradictoires, comme dans la vie.

"Husbands", encore ce samedi au Théâtre de la place à Liège, www.theatredela place.be