Inconstant Permeke

Une femme impressionniste nous attend. C’est "Marietje vue de dos avec châle" (1907) qui nous guidera au cœur des cent trente tableaux exposés aux Beaux-Arts dans le cadre de la rétrospective consacrée à Constant Permeke où se croisent les diverses influences du plus célèbre des expressionnistes flamands. De ses tableaux tels "La Fenêtre" peint à la manière de Van Gogh où la couleur explose et où la peinture prend épaisseur aux plantureux nus de ses archétypes tellement significatifs après un détour par des œuvres cubistes ou de faux clairs-obscurs, voilà une exposition très hétéroclite; un Constant sous inconstance. Loin d’être un intellectuel, Permeke n’en était pas moins au parfum des courants de son époque. L’artiste, mort voici soixante ans, jouait des uns et des autres, avec sincérité toujours.

Laurence Bertels

Une femme impressionniste nous attend. C’est "Marietje vue de dos avec châle" (1907) qui nous guidera au cœur des cent trente tableaux exposés aux Beaux-Arts dans le cadre de la rétrospective consacrée à Constant Permeke où se croisent les diverses influences du plus célèbre des expressionnistes flamands. De ses tableaux tels "La Fenêtre" peint à la manière de Van Gogh où la couleur explose et où la peinture prend épaisseur aux plantureux nus de ses archétypes tellement significatifs après un détour par des œuvres cubistes ou de faux clairs-obscurs, voilà une exposition très hétéroclite; un Constant sous inconstance. Loin d’être un intellectuel, Permeke n’en était pas moins au parfum des courants de son époque. L’artiste, mort voici soixante ans, jouait des uns et des autres, avec sincérité toujours.

Pour s’y retrouver, et garder le sens de la visite, les Bozar studios qui proposent, entre autres, un parcours découverte pour chaque grande exposition, suivront sa muse de toujours, "Marietje" Delaere. De la rencontre au premier baiser jusqu’aux maternités, six en tout, et au lit de mort où son visage se dévoile plus que jamais, à la porte de l’infini. Car il y a de multiples histoires à raconter aux enfants à propos de Constant Permeke. Dont certains, qui sait ?, ont peut-être déjà découvert la maison moderniste, à Jabbeke, devenue musée. C’est là qu’il avait installé son atelier, comme en témoignent encore son chevalet et quelques tubes de peintures ouverts. Lieu de lumière, latérale ou zénitale, cette maison raconte déjà beaucoup d’un peintre d’abord luministe que la vie n’a pas toujours épargné. Deux de ses six enfants sont morts et il n’aura pas eu les quatre fils dont il rêvait. Tout cela, les jeunes visiteurs l’apprendront en suivant leur pilote, aux commandes, comme il se doit, d’un caddie relooké pour les circonstances, aux couleurs d’un couple très uni. A l’image de la maison de Permeke, le chariot regorge de tiroirs pleins de secrets.

Divisé en quatre thématiques, ce parcours aborde les volets famille, nus, paysans et paysages afin d’avoir une belle vue d’ensemble sur l’œuvre du peintre. En commençant, en toute logique, par feuilleter un magnifique album de photos de famille qui nous montre le petit Constant entre ses deux parents, gamin, puis, en vacances à la Côte, en costume et dans les dunes. Toute l’ambiance de notre chère mer du Nord s’y retrouve. Son père, Henri Permeke, était le premier directeur du musée d’Ostende et c’est avec lui, avant d’aller à l’Académie de Bruges puis des Beaux-Arts à Gand, qu’il apprit en quelque sorte son métier de peintre. Dans cet album, l’on verra aussi des photos de son fils Mattheus sur son lit de mort, à l’âge de trois ans. Photos, tissus, pastels, fusains et sacs de souvenirs ou terre-glaise à l’appui, la visite pour enfants prévoit sept arrêts sur tableaux, en prenant toujours le temps nécessaire à l’observation et au ressenti si chers à l’artiste. Après les premières œuvres impressionnistes ou luministes apparaissent les prémices de l’expressionnisme caractérisé par plus de simplicité. Permeke se concentre ensuite sur la forme. Parmi les œuvres choisies, "L’Etranger" ou cette scène de vie quotidienne que l’on ne discerne pas immédiatement et que les enfants seront invités à interpréter. Une femme prend un enfant dans ses bras. Elle semble le consoler. Pleure-t-il? Tiens, on distingue un chat...Et si on le dessinait dans le carnet reçu au début de l’exposition ? Et cet homme, dans l’encadrure de la porte ? Qui est-il ? Est-ce Permeke ? Ou l’étranger ?

La galerie des archétypes permettra elle aussi de s’interroger sur les métiers représentés avant de découvrir qu’il s’agit toujours de pêcheurs, lesquels sont parfois penchés comme s’ils tanguaient encore. Après les pêcheurs, les paysans qui ont tant attiré Permeke à partir du moment où il s’est installé à Jabbeke, dans les terres. La mer s’éloigne mais pas le respect du peintre pour les travailleurs. Ni pour les femmes tracées au fusain dans leur plus belle nudité. La visite s’achèvera par les loisirs de Permeke, liés à la nature, aux champs à l’infini, au cycle des saisons, à l’éternel recommencement d’une vie qui pourtant, pour lui, peu à peu s’achève.