Le charme latino de Joséphina

Joséphina Tout un roman déjà. Un spectacle multiprimé au Canada, en Amérique du Sud, en Espagne et qui, enfin, nous revient. Sur quoi, sur qui pleure Afredro ? Sur ces oignons qu’il coupe consciencieusement ou sur son amour perdu ? Une main surgie de derrière sèche ses larmes. Son chapeau se soulève, par magie. La main revient.

Laurence Bertels

Scènes/Critique

Joséphina Tout un roman déjà. Un spectacle multiprimé au Canada, en Amérique du Sud, en Espagne et qui, enfin, nous revient. Sur quoi, sur qui pleure Afredro ? Sur ces oignons qu’il coupe consciencieusement ou sur son amour perdu ? Une main surgie de derrière sèche ses larmes. Son chapeau se soulève, par magie. La main revient.

Joséphina n’est jamais loin. Sur scène, un appartement joyeusement bordélique, meuble de bois, poivrons séchés, miroir bancal et vieux pick-up. La musique grésille. La Llohoona envoûte la salle. Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux entament leurs premiers pas de danse, puis se chamaillent déjà, étonnent, surprennent, multiplient les figures lentes, bras et jambes surviennent d’où on ne les attend pas, le nombril devient judas, le bras se transforme en porte avant de redevenir celui d’une femme trop aimée. Plus loin, elle deviendra guitare dans un subtil processus de détournement de corps. Burlesque et poésie sont de la partie. Bruit sourd et lourd. Jeté, chassé, croisé, lancé Les artistes partent dans tous les sens en une accélération avant de ralentir ensuite. C’est à la fois beau, touchant, tendre et juste du premier au dernier mouvement.

S’agit-il pour autant de danse ou de théâtre gestuel ? Un mélange des deux concocté par deux artistes qui sont passés par l’école du mime, celle de Marceau mais aussi de Lecoq et de Etienne Decroux et qui ont obtenu une aide à la création grâce au secteur du cirque. Ils ne se présentent pas comme des mimes pour autant en raison des clichés véhiculés par le genre, par ailleurs fascinant. Loin d’être poudrés et figés, leurs visages se plissent et se lissent sans cesse. Ces deux-là, bourrés de talent, séduisent en un instant par leur présence, la grâce de leur humilité et leur générosité. Le troublant "Plume" d’Henri Michaux, un extrait du "Somnambule" de Gao Xingjan qui disserte avec délice sur la symbolique d’une chaussure de femme et ces "Histoires d’Hommes" de Xavier Durringer où les gens perdus se retrouvent dans "un caramel, un nuage, une herbe humide ou une goutte de rosée" ponctuent cette "Joséphina" où le silence le dispute à la parole dansée et aux chansons lancinantes de Lila Downs, la chanteuse du film de Frida Khalo et de Chavela Vargas.

Les premières représentations de "Joséphina", notamment aux "Entrevues", où le spectacle n’était pas tout à fait prêt, sont quasiment passées inaperçues mais très vite, la compagnie Chaliwaté - ce qui, au Ghana signifie, "viens mon ami, ma sœur, sors tes tongs et on part sur la route ensemble" - a parcouru le monde entier en remportant le même succès que ce soit au Mexique, au Canada, en Roumanie, en Espagne ou en Turquie avant de s’envoler bientôt vers l’Italie, la Bolivie et la Nouvelle-Calédonie.

Entretemps, la compagnie, fondée en 2005, a créé "Ilô", spectacle jeune public et véritable coup de cœur, présent aux Doms à Avignon cet été et vu par 488 programmateurs. Soit une tournée de deux ans en pespective et en parallèle avec celle de "Joséphina" que tout le monde veut désormais découvrir. Les jeunes artistes s’octroient malgré tout un petit répit pour assurer leur "Jet lag", prochain projet à l’ardoise. Une belle histoire en ces temps contrariés.

Bruxelles, focus Chaliwaté à la Roseraie, jusqu’au 2/12. Infos : 02.376.46.45 ou secretariat@roseraie.org. A la Balsamine les 14 et 15/2/2013. Infos : 02.733.23.02 ou www.balsamine.be Aux Martyrs, du 20/2 au 30/3.Infos : 02.223.32.08 ou www.theatredesmartyrs.be.