De mères et de filles

Toutes nos mères sont dépressives", affirmait Thibaut Nève dans le titre et le corps d’un spectacle précédent - très remarqué et d’ailleurs prochainement repris, à la Toison d’or. Avec "L’Homme du câble", c’était le début d’une trilogie maternelle que vient compléter "Terrain vague (histoire vraie)".

Marie Baudet

scènes Critique

Toutes nos mères sont dépressives", affirmait Thibaut Nève dans le titre et le corps d’un spectacle précédent - très remarqué et d’ailleurs prochainement repris, à la Toison d’or. Avec "L’Homme du câble", c’était le début d’une trilogie maternelle que vient compléter "Terrain vague (histoire vraie)".

En exergue de cette création au Labo du Marni, Gazon-Nève & Cie cite Jean-Marie Piemme pour qui "la présence du "je" au théâtre est la ruse suprême de la fiction : mentir en disant la vérité" .

Cette vérité-ci est celle de Céline, fille d’une mère malvoyante, Josiane, dont elle devra très tôt être les yeux, et à son tour mère d’une fille, Maggy. Toutes les questions de la transmission, de la reproduction, de la rupture, toutes les questions de la maternité et de la filiation se soulèvent ici en vagues. Et la houle est dense, bien que la forme choisie s’affiche dans une grande simplicité.

Une grande force aussi. Force des mots : Thibaut Nève creuse la figure maternelle - qu’on pourrait dire par nature théâtrale - dans une écriture de plateau incisive et charnelle, échafaudée sur l’intime tout en étant capable de s’émanciper du réalisme. Née d’improvisations et de l’ordinaire, "du côté microscopique des choses", enrichie du passé de chacun et tamisée pour en faire surgir les enjeux narratifs, la cohérence des personnages. Force des maux, tant le vécu, tout transcendé qu’il fût, transparaît ici, et en tout cas fait écho chez le spectateur, sinon parent, forcément enfant et aux prises avec cet héritage : l’éducation. Si pour faire mouche le théâtre n’a dans l’absolu nul besoin du réel, celui qui s’invente ici en fait matière. Entre glaise et miroir.

Jouant sur la distance, la scénographie de Vincent Bresmal rythme la mise en scène de Jessica Gazon. Au loin, le couple et son quotidien. À l’avant-plan la chaise où Céline (Peret) devient Josiane. Entre les deux, Quentin (Marteau), père attentif et dans l’attente, contera Blanche-Neige - où vont peu à peu s’immiscer des bribes d’histoire vécue, refoulée, traversée, peut-être enfin digérée.

Saisissants de justesse et de fantaisie, les comédiens sont mis en lumière par Guillaume Fromentin et leurs voix sculptées, travaillées par Guillaume Istace, dans un spectacle d’une frémissante et touchante fragilité.

Bruxelles, Marni/Labo, jusqu’au 8, du 19 au 22 et du 26 au 28 février, à 20h (jeudi à 19h30). Durée : 1h. De 6 à 10 €. Infos & rés. : 02.639.09.82, www.theatremarni.com