Les cancers : bombe à retardement ?

Tenant compte du temps de latence, en l’occurrence le délai entre l’exposition (plus ou moins prolongée et importante) aux substances et l’apparition du cancer, on ne parlera ici, à deux ans de la catastrophe de Fukushima, qu’en termes de "risque estimé". Dans quelle mesure doit-on s’attendre à une croissance du nombre de cancers parmi les habitants des zones exposées ? Selon les sources et les experts, les avis sont divergents.

Laurence Dardenne

Controverse

Tenant compte du temps de latence, en l’occurrence le délai entre l’exposition (plus ou moins prolongée et importante) aux substances et l’apparition du cancer, on ne parlera ici, à deux ans de la catastrophe de Fukushima, qu’en termes de "risque estimé". Dans quelle mesure doit-on s’attendre à une croissance du nombre de cancers parmi les habitants des zones exposées ? Selon les sources et les experts, les avis sont divergents.

Sur base d’une estimation préliminaire des doses, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié le 28 février un rapport de 166 pages évaluant les risques pour la santé de l’accident nucléaire de mars 2011. Il s’agit de la première étude des effets mondiaux sur la santé de l’exposition à ces rayonnements nucléaires. D’après les experts indépendants - issus des domaines de la modélisation des risques radiologiques, de l’épidémiologie, de la dosimétrie, des effets des rayonnements et de la santé publique -, les risques prévus pour la santé seraient "faibles pour l’ensemble de la population à l’intérieur et à l’extérieur du Japon". "Aucune augmentation observable des taux de cancer n’est prévue par rapport aux taux de référence", affirme - moyennant certaines exceptions - ce rapport de l’OMS, suscitant le courroux de bon nombre.

D’une part, le gouvernement japonais a contesté les conclusions, estimant que "les calculs ont été basés sur l’hypothèse que les gens ont continué à vivre dans cette zone et à manger de la nourriture interdite, ce qui n’est pas le cas". D’autre part, l’organisation de défense de l’environnement Greenpeace, par exemple, clame que le rapport "sous-estime honteusement l’impact des premières radiations sur les personnes présentes à l’intérieur de la zone d’évacuation d’un rayon de 20 km, et qui n’ont pu partir rapidement".

Les risques de cancers de la thyroïde en hausse de 70 %

Les auteurs du rapport reconnaissent néanmoins que, pour certains cancers, et dans des catégories données de la population de la préfecture de Fukushima, le risque estimé a augmenté. Ainsi, par types de cancers pour la zone la plus contaminée, l’augmentation des risques estimés par rapport à ce qui serait normalement dans la population n’ayant pas été exposée s’établit à 4 % environ pour l’ensemble des cancers solides, chez le sujet de sexe féminin exposé au stade de nourrisson, qui verrait également son risque de cancer du sein augmenté de 6 %. On prévoit aussi une hausse de l’ordre de 7 % des leucémies, chez le sujet de sexe masculin exposé au stade de nourrisson. Mais c’est l’explosion de cancers de la thyroïde qui effraie le plus. Pour les femmes, nourrissons en 2011, on prévoit une augmentation du risque allant jusqu’à 70 % ! "Le rapport de l’OMS souligne qu’il faut surveiller à long terme l’état de santé des personnes exposées à un risque élevé tout en fournissant les services nécessaires de suivi médical et de soutien", a commenté le Dr Maria Neira, de l’OMS. Cela va rester durant des décennies un élément important de l’action de santé publique engagée face à la catastrophe."

Pour ce qui est des risques sanitaires autres que le cancer, le rapport se veut aussi assez incroyablement rassurant. "Les doses de rayonnement de la centrale endommagée ne devraient pas augmenter l’incidence des fausses couches, des enfants morts nés et des autres problèmes de santé physique et mentale susceptibles de toucher les nourrissons nés après l’accident", affirme l’OMS. On aimerait mais on ose à peine y croire