Rutxhiel, berger devenu sculpteur

Dans le dernier bulletin de la société royale "Le Vieux Liège", un article d’Alex Doms évoque le sculpteur liégeois Henri-Joseph Rutxhiel. Aujourd’hui, on a un peu oublié cet artiste qui est pourtant un des plus remarquables sculpteurs liégeois. Né à Lierneux en 1775, il était berger. En 1799, on le trouve à l’École centrale du département de l’Ourthe où il suit les cours de dessin de Léonard Defrance, qui estime que "ce jeune homme a toutes les dispositions nécessaires pour faire un grand sculpteur". En 1800, sur recommandation du préfet de l’Ourthe Antoine Desmousseaux, le jeune Liégeois s’en va à Paris. Il est d’abord apprenti chez le sculpteur français Roland puis dans l’atelier de Jean-Antoine Houdon et il fréquente l’École des Beaux-arts.

Lily Portugaels

Histoire Chronique

D

ans le dernier bulletin de la société royale "Le Vieux Liège", un article d’Alex Doms évoque le sculpteur liégeois Henri-Joseph Rutxhiel. Aujourd’hui, on a un peu oublié cet artiste qui est pourtant un des plus remarquables sculpteurs liégeois. Né à Lierneux en 1775, il était berger. En 1799, on le trouve à l’École centrale du département de l’Ourthe où il suit les cours de dessin de Léonard Defrance, qui estime que "ce jeune homme a toutes les dispositions nécessaires pour faire un grand sculpteur". En 1800, sur recommandation du préfet de l’Ourthe Antoine Desmousseaux, le jeune Liégeois s’en va à Paris. Il est d’abord apprenti chez le sculpteur français Roland puis dans l’atelier de Jean-Antoine Houdon et il fréquente l’École des Beaux-arts.

En 1804-1805, il offre à la Ville de Liège sa première œuvre en marbre. Il s’agit d’un magnifique buste d’André-Modeste Grétry. En 1805, Henri-Joseph Rutxhiel va travailler chez le peintre David qui est le premier peintre de l’empereur Napoléon 1er. En 1807, il participe à la décoration de la colonne Vendôme et, en 1808, il obtient le prix de Rome avec le relief "Dédale attachant des ailes à son fils Icare". Entre 1809 et 1811, il est à Rome pour y acquérir des tableaux au nom du gouvernement impérial. Il mourra à Paris en 1837.

L’article du bulletin du "Vieux Liège" souligne surtout l’intérêt qu’a suscité le jeune sculpteur auprès de quelques patriotes révolutionnaires : Jean-Nicolas Bassenge, Fabry et l’avocat Pierre-Joseph Henkart. Une lettre de ce dernier félicite Rutxhiel pour avoir, en 1806, remporté le prix fondé par le comte de Caylus. Dans sa lettre, Henkart engage le sculpteur à réaliser un buste de Léonard Defrance décédé en1805. Il donne à Rutxhiel les indications pour faire parvenir ses œuvres à Liège : "Veuillez placer dans une seule caisse les bustes que vous réservez. Faites-la venir par la voie du roulier (voiturier qui transporte la marchandise par chariot) jusqu’à Charleville et de là jusque Liège par le coche de Marchot et Lefèbvre (il s’agissait d’un coche d’eau, grand bateau utilisé aussi pour le transport des voyageurs)". Rutxhiel aurait réalisé un buste pour la sépulture de Defrance. L’original de ce buste a disparu mais il en existe une copie au Musée Curtius.

Rutxhiel était très fier de sa réalisation du buste de Grétry et on le comprend. Pour son premier ouvrage, ce fut une réussite. Il s’agit d’une représentation très expressive de Grétry. Le buste se trouve au Conservatoire de Liège. Installé en France, Rutxhiel se consacra notamment aux portraits-bustes de Napoléon et de Marie-Louise. Il obtint les titres de portraitiste de Napoléon 1er, de sculpteur de l’héritier impérial et de portraitiste officiel de la cour sous Louis XVIII. À noter qu’une rue de Liège porte son nom; c’est dans cette rue qu’est situé le Théâtre Arlequin.