Belgique

Infrabel a mené une étude sur les comportements à risques près des voies.

Une mère marche avec ses quatre enfants et leur chien, un homme traîne son chariot de courses, un camion roule tranquillement, un jeune slalome sur son vélo… Qu’ont ces histoires en commun ? Elles se déroulent toutes sur un passage à niveau, traversé par un train quelques secondes plus tard. Ces images étaient diffusées lundi par Infrabel, le gestionnaire du réseau ferré, lors d’une conférence présentant les résultats d’une nouvelle étude sur les comportements dangereux à proximité des voies.

L’ampleur et la dangerosité de l’intrusion sur les voies ferrées ne sont plus à démontrer : en cinq ans, 84 personnes sont décédées. En 2018, le trespassing et les incidents sur les passages à niveau ont généré en moyenne 8 heures de retard par jour. Un bilan "inacceptable", juge François Bellot (MR), ministre de la Mobilité. "C’est un véritable phénomène de société qui nécessite une prise de conscience collective", avance Luc Lallemand, CEO d’Infrabel.

Un je-m’en-foutisme dangereux

En effet, l’étude commanditée par le gestionnaire du réseau et menée auprès de 1 000 personnes vivant près d’un passage à niveau, révèle que les Belges ne se rendent pas toujours compte des risques auxquels ils s’exposent (que ce soit en marchant le long des voies, en les traversant ou traversant un passage à niveau fermé). Les chiffres témoignent aussi d’un certain je-m’en-foutisme : même conscients du danger, les répondants ont admis avoir décidé de l’ignorer et sont prêts à recommencer. Les résultats sont sans appel : 46 % des personnes interrogées ont enfreint les règles de circulation (à pied ou en voiture) à un passage à niveau ces six derniers mois. Si l’occasion se présente, 77 % (!) ignoreraient volontairement ces règles de circulation et 55 % s’introduiraient illégalement sur les voies. Classés en catégorie dans l’étude, ces participants-là font partie du groupe des irréductibles. D’autres groupes estiment en revanche que leur comportement n’est pas alarmant ou pensent pouvoir évaluer les risques.

Lancement de la campagne Railspect

Baptisé Railspect, un plan d’action national a été pensé sur la base de cette étude. Il sera multidisciplinaire (justice, police des chemins de fer, Infrabel, Securail, monde politique) et se déclinera en trois grandes phases : prévention, sensibilisation, répression. De nouvelles mesures vont être mises en place, comme la pose de panneaux d’avertissement à l’attention des automobilistes près d’un passage à niveau et d’un éclairage Led sur les barrières pour les rendre plus visibles. Une campagne de sensibilisation sera ensuite lancée à destination des publics cibles "sur lesquels nous pouvons encore agir".

La répression sera également renforcée. Dans un premier temps, la police des chemins de fer effectuera des actions en différents endroits en uniforme. La répression continuera ensuite en civil. Les parquets devront néanmoins suivre. Car les amendes risquent de pleuvoir, à en croire Jean-Pierre Pistral, directeur des opérations de la police des chemins de fer. "Même quand on est là, juste à côté, les gens continuent de traverser les voies. Un jour, j’ai vu un directeur d’école faire traverser les enfants alors que la barrière était fermée ! Aujourd’hui, les gens ont toujours une bonne excuse pour traverser et tentent de négocier les amendes", déplore-t-il. "Nous avons une obligation d’aller plus loin dans la lutte contre ces comportements dangereux, de taper sur ce clou, d’éduquer. Mais la démarche doit venir des gens aussi", souligne Luc Lallemand, qui ne s’avoue pas découragé, malgré les nombreuses actions menées par son entreprise pour réduire les incidents aux abords des voies depuis plusieurs années.

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