Belgique

Personne dans l’entourage de ce couple de retraités septuagénaires, parents de trois enfants, n’avait imaginé une telle issue fatale.

Les proches étaient bien au courant que Pierre, un homme qu’ils avaient connu cultivé et sensible et qui fut professeur d’histoire de l’art dans l’enseignement supérieur jusqu’en 2000 était devenu un homme irritable et irascible. Au point que son meilleur ami d’enfance avait pris ses distances avec lui.

Le couple se débattait dans des difficultés conjugales récurrentes. Des familiers avaient pu remarquer à plusieurs reprises des hématomes sur le visage ou sur les bras de Suzanne, signe des coups qu’elle avait reçus.

Suzanne, qui avait enseigné le néerlandais avant sa retraite, n’a pourtant jamais voulu rompre avec Pierre. Elle avait toutefois repris le kot de leur cadet lorsque leurs enfants avaient quitté le nid familial. Elle se retirait dans ce petit logement lorsque la vie avec Pierre devenait vraiment trop difficile dans leur maison d’un quartier de l’Est de la capitale.

"Elle s’est débattue comme une enragée"

Tout a basculé le 30 septembre dernier. Peu après midi, Pierre a appelé par téléphone la police. "Je viens d’étrangler mon épouse. Elle s’est débattue comme une enragée. Cela s’est terminé sur le lit", a-t-il expliqué.

Les policiers ont découvert son corps en travers du lit. La tête pendait vers le sol. Du sang lui sortait du nez et de la bouche. La cause de la mort était claire. Des examens médicaux ont montré que Pierre comme Suzanne prenaient des antidépresseurs, des calmants et des somnifères. Ce qui aurait pu quelque peu modifier leur comportement.

Le psychiatre qui a examiné Pierre a noté chez lui une personnalité narcissique, un souci de maîtrise de soi intense, une instabilité, une irascibilité et un caractère emporté.

Le juge d’instruction s’en rendra compte lorsqu’il l’interrogera. Pierre a vociféré dans sa direction. Il a aussi varié en cours d’enquête. Le juge l’a inculpé de meurtre. Pierre est détenu depuis lors à la prison de Saint-Gilles.

Il aurait pu se retrouver devant la cour d’assises. La loi a cependant récemment changé, assouplissant les conditions de correctionnalisation. Il était ainsi un des premiers à être jugé devant un tribunal correctionnel pour meurtre.

Le café n’était pas assez chaud

Il a varié dans ses explications sur son geste tout au long de l’enquête. Devant le tribunal, il avait expliqué que ce jour-là, il avait demandé à sa femme de lui apporter son café et son porridge dans son lit. Il avait mal dormi.

"Lorsqu’elle m’a apporté mon déjeuner, je lui ai fait remarquer que le café n’était pas réchauffé. Elle m’a répondu ‘tu ne me l’as pas demandé’ , puis elle a quitté la pièce fâchée", a-t-il expliqué. Et il l’a étranglée.

L’enquête a montré que Suzanne avait déjà reçu de nombreux coups. Elle avait conservé dans son kot les certificats médicaux résultant de coups.

Son ordinateur contenait les photos des lésions. Les policiers y ont aussi retrouvé une lettre, adressée à son mari, qu’elle n’a jamais envoyée. Elle lui confie qu’elle n’a jamais voulu porter plainte pour ne pas briser leur couple, qu’elle a peur de ses colères inattendues. "Je ne veux pas me voir occire, même par accident et te voir emmener par les flics", avait-elle écrit.

Plutôt que d’exprimer des regrets, Pierre s’est présenté en victime. Le ministère public avait requis dix ans de prison. Son avocate, Me Aurélie Jonkers, a tenté de démonter l’intention homicide.

En vain. Le client est parfois le meilleur ennemi de son avocat. Invité à dire un dernier mot, Pierre s’est plaint de sa détention, expliquant que les douches de Saint-Gilles ressemblaient à des chambres à gaz.

Le tribunal l’a condamné à 15 ans. "Et je n’ai pas droit à la parole", s’est-il exclamé. "Non", lui a dit la présidente.