Belgique

C'est à 7h30 mercredi matin, après plus de 18 heures de débat, que le parlement de la Communauté française a adopté majorité contre opposition -49 PS et cdH pour, 22 MR et Ecolo contre- le projet de décret visant à réguler les inscriptions et les changements d'écoles dans l'enseignement obligatoire.

Avant les votes, les députés MR ont encore volontairement prolongé la séance à l'occasion de la discussion des articles du projet. Willy Borsus, Jean-Paul Wahl et Jean-Luc Crucke ont ainsi tenté sans succès, pendant plus de deux heures, de persuader leurs collègues de la majorité de la pertinence de leurs près de 80 amendements, souvent répétitifs ou d'ordre sémantique.

Tous les amendements du MR ont été rejetés en bloc par la majorité et le parlement a aussi repoussé les deux propositions de résolution d'Ecolo et du MR déposées en début de séance mardi matin, demandant de suspendre le vote du décret. En raison de l'heure tardive de la fin de la réunion, les réunions de Commissions des Finances, de l'Enseignement supérieur, de la Santé, de la Coopération avec les Régions et de l'Education, prévues mercredi, ont été reportées. Seule celle de la Commission de l'Audiovisuel est maintenue, à 14 heures 30.


Jusqu'au bout de la nuit

Ce n'est que peu après trois heures du matin mercredi que la ministre de l'Enseignement obligatoire Marie Arena a pu répondre aux 24 intervenants, à l'issue d'un débat de plus de 12 heures sur le projet de décret "inscriptions". Elle a longuement détaillé les dispositions de son texte, fréquemment interrompue par l'opposition. Le brouhaha s'est quelque peu calmé après quelques rappels à l'ordre du président Jean-François Istasse.

Répondant aux préoccupations de Francis Delperée à propos des places de secondaire "réservées" pour les élèves ayant suivi les primaires dans le même établissement, elle a indiqué que sur 50.000 parents, 1.500 seulement font le choix sur la longue durée de 12 ans, la grande majorité choisissant 6 ans.

Elle a également précisé que pour les études concernées par le décret, le taux de mobilité (pourcentage d'élèves qui changent d'école) tourne autour de 7%.

A ceux qui lui faisaient reproche d'agir par idéologie ou dogmatisme, elle a rétorqué que "si c'est une idéologie qui permet à chacun de nos jeunes d'avoir accès aux compétences, il s'agit alors d'une nécessité, d'un impératif".

Tout au long de la soirée et de la nuit, presque tous les membres du groupe MR étaient montés longuement à la tribune pour reprendre des critiques déjà exprimées auparavant et dénoncer les motivations idéologiques du PS.

Les propos ont souvent pris un tour polémique, provoquant de vives réactions sur les bancs de la majorité PS-cdH. Ces longues interventions sont aussi parfois sorties du cadre strict du décret en discussion, pour évoquer une série de dossiers touchant à l'enseignement. Elles ont même débouché à l'une ou l'autre occasion sur des débats moins tendus, relatifs à l'âge de l'obligation et de l'inscription scolaires par exemple.

Le ton est particulièrement monté et le débat est devenu vraiment houleux quand Richard Miller (MR) s'en est pris à Francis Delperée (cdH), lui reprochant d'utiliser un savoir que les autres députés n'ont pas pour faire la leçon à tout le monde. Mais il a aussi accusé le PS de "grignoter petit à petit les libertés citoyennes" et le cdH de sacrifier ses valeurs pour préserver sa présence dans la majorité.

Après une nouvelle interruption de séance après la réponse de Mme Arena, les groupes ont entamé les répliques à partir de 4 heures 20. Les parlementaires vont ensuite débattre de la septantaine d'amendements finalement déposés par le MR.