Belgique

On avance. On ne sait pas où on va, mais on y va... Le Roi a chargé Guy Verhofstadt de l'informer de la mise sur pied rapide d'un gouvernement intérimaire, chargé des affaires urgentes, et d'entamer des négociations qui doivent conduire à une réforme des institutions. Le Premier ministre sortant devra faire rapport au Roi "dans les prochains jours".

Déjà chargé, il y a huit jours, de trouver une issue à la crise politique, Guy Verhofstadt, virtuel informateur du prochain gouvernement, n'a pas avancé au rythme auquel il aurait souhaité. Le double objectif de départ reste identique : d'une part, régler certains dossiers urgents et, d'autre part, ouvrir des négociations qui devront mener à une réforme approfondie de l'Etat. Mais les moyens pour y parvenir ont, en une semaine, beaucoup changé.

Un vrai gouvernement

Intérimaire, le gouvernement ? Il est probable qu'il faudra plutôt négocier un "vrai" gouvernement, comme ils disent (tiens, y'en a des faux ?), non plus autodestructible après X jours comme les engins piégés de Tom Cruise dans "Mission impossible", mais une équipe solide, soudée, dynamique, capable de réformer le pays et de répondre aux défis sociaux, économiques, énergétiques, climatiques qui se posent. Cependant, pour y arriver, on connaît les Belges, ce n'est pas la ligne droite que l'on va emprunter. On aimerait pouvoir vous dire : voilà, c'est simple, c'est clair, les positions des partis sont limpides, dénuées de toute arrière-pensée politicienne ou de tout calcul personnel. Mais voilà, c'est tout le contraire qui se passe.

Tous les partis le hurlent, le martèlent aux conférences de presse, le crachent dans les communiqués : ce ne sont pas les partis qui seront autour de la table qui comptent, c'est le contenu du programme gouvernemental qui importe. Le problème est que, en coulisses, le message est tout autre et l'on entend qu'exclusives, propos désabusés, contre-vérités et un tout petit zeste, seulement, de programme.

A nouveau, sans entrer dans les détails, retenons ceci.

1 La stratégie. Guy Verhofstadt cherche la formule d'un gouvernement capable de régler les dossiers urgents et de lancer la réflexion institutionnelle. Mais ce gouvernement devrait être l'embryon de l'équipe appelée à gouverner jusqu'en 2009 ou, par miracle, au-delà. S'il tient, ce gouvernement devra donc aussi avoir un programme socio-économique, fiscal et tout. Là, on promet évidemment bien du plaisir aux "partenaires" s'il faut concilier les idées libérales, socialistes, humanistes voire écologistes. Et, de plus, francophones et flamandes. L'ambition est de constituer un gouvernement qui dispose d'une large majorité, comme cela au moins, on ne devra pas aller à la pêche aux voix pour voter la réforme de l'Etat.

2 La composition. En Flandre, c'est simple : c'est toujours (oui-oui...) l'orange bleue. CD&V et VLD continuent ensemble. Au Sud ? Un casse-tête. Le CDH accepte toutes les formules. Le PS veut au moins la tripartie, si pas l'Union nationale. Argument ? Les francophones seront plus forts pour imposer "leur" réforme de l'Etat puisqu'en plus ce sont eux qui amèneront les deux tiers. Il faut dire aussi que le PS n'a aucune envie de laisser Ecolo seul engranger les fruits d'une saine opposition.

3 Le MR contre le PS et le CDH. Les libéraux, autrefois opposés à la tripartie classique, précisent à présent que l'essentiel, c'est le programme. Aller négocier ? "Om wat te doen ?", demande Didier Reynders. "Soit, si on nous invite à discuter, nous irons", explique le président du MR. Mais pourquoi réussirait-on à six, à huit, à vingt... ce que l'on n'a pas réussi à quatre ? L'union nationale ? Un membre du MR éclate de rire : "C'est de la couille de bouc !" Rien que cela. Et s'il faut faire l'union nationale, disnet les libéraux, alors il faut la faire aussi au nord du pays. Or le SP.A, qui veut un gouvernement "de gauche" (ce n'est pas gentil pour le PS...) a défintivement choisi l'opposition.

Didier Reynders s'interroge ensuite sur la stratégie du CDH, un parti, ricanent les libéraux, "désormais en cartel avec le PS..." Pourquoi ce parti, grand défenseur des francophones, accepte-t-il soudain une réforme que Joëlle Milquet a bloqué six mois durant, s'interroge Didier Reynders ? Faux, répond le CDH. "Nous nous sommes toujours opposés à une réforme de l'Etat imposée par les partis flamands dans le cadre d'une coalition qui ne disposerait pas des deux tiers. Mais si, grâce à l'union des francophones, la réforme est équilibrée et conforme à ce que le sud du pays souhaite, le CDH l'appuiera."

4 Le futur Premier ministre. Même si les problèmes de personnes ne jouent pas... la question de savoir qui dirigera le prochain gouvernement revient sans arrêt dans les conversations "off". Curieusement, certains Flamands commencent à accepter l'idée d'un Premier ministre francophone à l'heure où les francophones (le PS, certainement, le CDH plus timidement), contestent à Didier Reynders l'ambition de s'installer au "16". En fait, comme toujours, c'est plus nuancé que cela : le VLD est partagé entre Guy Verhofstadt et Didier Reynders. Et le CD&V hésite à revendiquer la réforme de l'Etat ET le poste de Premier. Officiellement, le CD&V défend toujours son poulain, Yves Leterme. Car le CD&V craint qu'avec un francophone, la réforme ne soit minimale.

Bizarre, les anti-Reynders prétendent exactement le contraire. Pour les socialistes, il faudrait "payer" le fait qu'un francophone occupe ce poste, payer en termes de réformes. Autrement dit, si Reynders est au "16", la réforme sera plus large que si c'est... Leterme voire même Verhofstadt. Leterme commence à être grillé. Verhofstadt ? On le connaît bien. PS et CDH préféreraient donc un libéral flamand à un libéral francophone (voir p 4).

5 Chantage ? Car il y a encore un autre sujet de querelle. Les socialistes affirment que les libéraux exigent, en échange de la tripartite ou de l'union nationale, d'entrer dans les gouvernements régionaux. "Une honte, dit ce baron du PS, l e MR ne pense qu'à caser le fils Michel, Maingain et Chastel..." "Intox totale !", suffoque ce baron du MR : "Qui peut croire qu'à un an des régionales, on entrerait dans des gouvernements dont nous contestons l'action depuis quatre ans. Nous perdrions toute crédibilité..."

Bref, tout va très bien. La confiance est toujours au ras des pâquerettes. Ce n'est pas un informateur qu'il faut, dit ce vieux renard, c'est un psychanalyste. Verhofstadt a-t-il ce diplôme ?